Textes courts

A la douceur d’hier


A la douceur d'hier - texte court - humeurs - Miss Blemish

Rappelle moi le temps où l’on a pris la route tous les deux, ce moment où l’on y croyait si fort que nos doigts blanchissaient chaque fois qu’ils se croisaient, aussi blancs que les nuits passées à rêvasser éveillés ensemble par ordinateurs interposés. Cela semble hier, cela semble loin. Chuchote-moi le début des vents contraires avant de disparaître définitivement toi autrefois si proche aujourd’hui point incertain sur un horizon dont je me détourne inexorablement. Dis-moi tout ce que l’on a grandi ensemble qui lentement s’est immiscé entre nos mains enlacées. Peins-moi la route tanguant sous l’afflux des panneaux multipliés. Murmure-moi l’endroit où ailleurs l’a emporté sur toi. Nous pensions que chaque jour viendrait s’ajouter à la somme de nos bonheurs partagés… Il faut croire que nos lacunes en maths nous ont rattrapées. Je t’ai aimé hier, fort, trop fort peut être, ou pas assez sûrement, ou juste comme il faut, comme il fallait à cet instant. Et je t’aime encore aujourd’hui, mais plus comme avant, plus comme il faudrait, plus comme tu l’attends de moi. Je t’aime pour celle que j’étais hier et qui habite encore un peu en moi, discrète locataire hier timide et chétive. Le temps a soulevé tant de voiles, découvert tant de faiblesses, de rêves et de tendresses. Nos cartes se séparent là. La folie est partie avec des bêtises mais nous n’avions plus nos baskets de jeunes amoureux pour la rattraper. Un baiser. Deux baisers. Ou même trois. Nous n’avions pas l’âge de compter. Aujourd’hui nous avons grandi. Un peu. Et c’est pourtant déjà trop. Alors viens danser à tout ce que nous nous sommes aimés. Partageons, encore, juste pour cette soirée, un peu de cette folie qui jadis nous a habitée.

A deux amoureux d’hier, avec tout mon amour 

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A la croisée de nos chemins


A la croisée de nos chemins - se rencontrer - Texte court - Miss Blemish

Crédit Photo : Unsplash

Il est assis à une table du fond de la salle. Dans cette cantine de bord de route où le pancake à la mine déconfite se noie dans un sirop d’érable de contrebande, le touriste affamé par la nuit trop courte se presse. Elle n’a pas franchi les portes que déjà elle le trouve attablé au milieu de ce claudiquant ballet. Il relève la tête alors qu’elle entre. Regards qui se croisent comme ils s’échappent dans un sourire qui se refuse. Il faut dire qu’aujourd’hui elle est plutôt jolie, nonchalante dans son short des jours de randonnée. Assis comme en face d’elle depuis la banquette qu’elle se choisit à une autre table que la sienne, il porte une tasse à ses lèvres. Thé ou café ?  Il faudrait l’embrasser. Savoir. Et toujours leurs yeux qui trouvent à se rencontrer. Aussi bleus que le paquet de cigarettes qui, la veille, dépassait d’une des poches de son pantalon d’aventurier. C’est tout ce qu’elle sait de cet Il qu’elle ne peut s’empêcher de chercher toujours, ses prunelles brunes en éternelles éclaireuses. Il fume. Elle trouve un peu de Daniel Craig et un zeste de lui derrière ses traits. Un soupçon seulement et pourtant suffisant à le jauger plus longuement que les autres passagers débarqués là pour la grande aventure. Elle le regarde, lui aussi. Elle sait qu’il sait qu’elle sait qu’ils savent. Peut-être est-ce ce qui la retient, ce soupçon de « comme lui ». Elle détourne la tête mais reste à la table que les autres rassasiés de sucre ont quitté il y a déjà un moment. Cachée derrière son stylo stérile sur une page noircie quelques jours avant, elle relève la tête alors, que passant à côté d’elle il lui souffle un bonjour souriant. Bonjour. Un seul mot échangé en trois jours pour des centaines de kilomètres parcourus à un siège d’écart. Cache-cache emprunté. Et seulement sur cette place, la nuit arrivant plus vite qu’on ne l’aurait cru, leurs mains se trouvent et se gardent un peu plus longtemps que les autres pour se dire au revoir. Leurs regards qui s’embrassent enfin pour de vrai et ses yeux, très bleus qui murmurent en même temps que ses lèvres s’agitent ce que leurs mains enlacées confirment. Cela ne dure qu’un instant, ils s’éloignent au milieu des embrassades sans connaître dans leur malhabile pudeur jusqu’à leurs prénoms. 

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Les amants passagers


amants passagers - Texte court - Miss Blemish

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On n’a pas le droit. Chut, un index se pose sur des lèvres que l’on voudrait bien faire siennes… pas longtemps, juste le temps d’un baiser. Juste le temps de goûter. Comme au moment de déchirer le papier aluminium et de casser le premier carré de chocolat, on ferme très fort les yeux en espérant que ce sera suffisant. Juste un carré… juste une caresse sucrée… Pas plus qu’on veut croire, pas plus qu’il faut que ça soit. Tant que ces belles enlacées ne se quittent pas, c’est toujours le même baiser se console-t-on tout bas. Qu’il dure toujours et le reste de la plaque pourra dormir tranquille. Pourtant la porte se ferme vite sur le second carré et déjà on enterre les rêves de bikini ajusté. Le régime s’abandonne à leurs mains qui se mêlent, troisième carré sur canapé. On goûte, craintif, à cette sorte de gourmandise dont on abuse sans jamais s’écoeurer. Sans bruit. Mais le silence est devenu bien bavard ces derniers temps, il souffle tout ce que l’on tremble d’écrire. Chut… tout bas… juste derrière les soupirs des derniers carreaux de chocolat fondant sur les draps froissés. Et déjà, c’est l’heure de rentrer. Sans un mot, une étreinte adolescente au coin de la rue remplace les discours d’antan lorsque devant le portail au seuil de l’été on se jurait de s’aimer encore à la rentrée. Un dernier baiser fait taire les promesses que l’on ne tiendrait pas. On sait. Nul vide ne nécessite de mots pour être comblé. Être là suffit. Ne plus y être aussi. Et si, au détour d’un chemin, la douceur d’avoir été ces amants passagers venait à manquer… il reste toujours un foulard entre deux coussins du canapé.

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