Textes courts

J’aimerais que lundi n’arrive jamais


J'aimerais que lundi n'arrive jamais - Brève - Textes courts - Ecriture -  Miss Blemish

L’attente délicieuse. Les plus belles secondes du week-end peut-être. Celles juste au seuil. Un pied sur le quai, l’autre déjà sur la margelle. En équilibre. Goûter par avance à la douceur du temps qui s’écoule sur lui-même. Pour lui-même. Sans rien attendre en retour que la liberté. Planifier encore un peu. Esquisse floue tracée comme par habitude. Penchant masochiste né des contraintes de cet autre temps. Celui qui réclame. Plus. Encore un peu plus. Grappille, vole, dérobe, dévore. En un grand tourbillon. Puis s’étiole, s’essouffle, s’estompe. Juste au seuil. Secondes légères, ballerines graciles. Regarder l’aiguille sur le cadran. Mouvements infimes qui écrivent demain. Tic-tac. Merveilleuse berceuse que celle du temps qui s’écoule avec lenteur. Presque tendrement. Caresse imperceptible qui éloigne, rapproche, défait, confond. Apaise. Regarder l’aiguille tourner. Imperturbable. Immuable chemin sur scène horloge. Toujours identique et pourtant tellement différent. J’aimerais sentir. Sentir le temps qui s’écoule. Le toucher du bout du doigt. Chatouiller le futur, le déranger pour le retenir un peu. Juste un peu. Pour qu’il n’arrive pas trop vite à destination.

Il reste tant de choses encore à savourer d’ici lundi …

Credit Photo : Nicolas Marguerite

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La danse du crépuscule


La danse du crépuscule - texte court - Ecriture - Miss Blemish

Crédit Photo : Unsplash

8h30 : les volets s’ouvrent. Chanson métallique d’une technologie qui dit non au sommeil se prélassant sur contrée matinée. Egaré. Tiédeur et moelleux d’une couette épaisse comme seuls alliés à la tendresse de la langueur volée. La lumière éteinte de l’hiver perce. S’immisce. La paupière frémit. Le corps se meut dans cet entrelacs de draps, de coussins, de pyjamas. Engoncé. Les mains ramènent les couvertures à elles. Jusqu’au creux du cou. Là où le vent chatouille même lorsqu’il ne souffle pas. Les pieds se frottent mais les yeux se refusent encore à céder à l’envahisseur. Il n’est de place pour ceux qui s’imposent. Dehors pourtant, le monde s’éveille. Lui aussi semble-t-il, peine à tourner ces temps-ci. Le paysage criant le froid. Monotonie d’une brume qui s’alanguit. La douceur d’un rose délavé égaye un temps le nuage pâle. Doux spectacle que les seules heures de clarté qu’offrira cette morne journée.

Refusé.

Ticket remboursés.

Ténèbres.

Il n’est qu’un seul spectacle que le corps veuille revoir. Paupières closes. Plongée sous la couette dans le tiède bain du souvenir diffus. Instants rêvés ; perdus. Rembobiner le film comme on remonte les aiguilles d’une pendule arrêtée trop tôt. Avant le dénouement. Allumer le projecteur. Baisser les lumières. Songer très fort. Invoquer la suite. Fermer les yeux. Plus fort encore. Encore. Somnolence de patchwork. Collage rafistolé d’un rêve qui s’enfuit. Réminiscence floue, pâte à carton. Bientôt il n’en reste plus qu’une vague sensation. C’était bien. Peut-être. Le corps ne s’en souvient déjà plus. Les yeux cèdent. Se défroissent. Un pli après l’autre. La lumière grignote du terrain. Les cils se démêlent, la pupille s’agrandit.

Mais le crépuscule est mort.

 

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T’appellerais-je Christophe ou Rémy ?


T'appellerais-je Christophe ou Rémy ? - Textes courts - écriture - Miss Blemish

Crédit Photo : Unsplash

Vendredi. 16 h. RER B. Bondé. La presse anonyme des voyageurs m’emporte loin de la porte, au cœur de la foule. Quelques injonctions montent, nous invitant à nous rapprocher encore. Cohabitation forcée. On pousse. On se décale. Le voyage ressemble soudain à une partie de twister. Ecartelée. On se serre sur la dernière parcelle de barre laissée libre à nos mains en mal d’appui. Cinq centimètres et de la stabilité pour trois. Les portes se ferment et je te vois pour la première fois. Je ne sais plus qui de tes yeux, de tes pommettes ou de tes cheveux me saisissent en premier. Un mélange des trois à la fois. Un livre dans ta main. Tordu. La couverture cornée. Repliée. Puis à nouveau ton visage. Je te souris. Aujourd’hui je souris à tous. Mais toi, j’ai encore plus envie de te sourire qu’aux autres. Tu me regardes. Je te fuis. Fausse timidité. Convenance. Appréhension qui colore les joues et glisse un trouble dans les yeux. Lire. Je sens pourtant sur mes lèvres le fantôme de ce sourire. Vivant. Tes yeux posés sur moi. Les portes s’ouvrent à nouveau. Les gens descendent. Toi aussi. Je frémis. Tu remontes. Tu te rapproches. Je te tutoie déjà en pensée alors que je ne te connais pas encore. Une familiarité dans ton visage. Je songe à cette barbe de baroudeur qui barre tes joues. Christophe. Il faut bien mettre un nom sur un souvenir. C’est ainsi donc que je t’appellerai. Je pense à tes baisers. Ils auront la même intensité que les siens. Au moins. Il faut dédaigner le rasoir pour réussir à ce jeu-là. Si je n’imaginais pas ton prénom avant d’être mise dans la confidence, jamais plus je n’aurais la liberté nécessaire à m’y amuser. Influencée. La connaissance barrant la route à l’imagination. Je souris. Je relève la tête. Tu me regardes. Nos yeux se perdent mais tu te rapproches encore. Intimidée. Cette tension parmi la foule. Possible. A qui me fais-tu donc penser ? Un esclandre. Une histoire de proximité. De bigorneau et de rocher. Ton rire. Ma réponse. Gérald de Palmas. Plus jeune. Avant. Ta nuque arquée, tes yeux fermés dans cette expression rieuse prenant ses quartiers sur ton visage. Creusant tes fossettes. Tes lèvres. Mon arrêt. Pas le tien. Je descends. Tu ne me retiens pas. Il ne faut pas tout gâcher. Pas de café. Pas de suite.

Juste le charme suspendu d’un instant.

En funambule. 

Crédit Photo : Ce que tu lis

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