Textes courts

Une maison de mai


 

Une maison de mai - Textes courts - Miss Blemish

Crédit Photo : Unsplash

J’aimerais bâtir une maison. Ce foyer qui nous ouvre sa porte comme on lui tend les bras. Je ferme les yeux et je peux presque toucher le crépi blanc cassé. Assagi. Les pointes farouches des façades d’antan contre lesquelles on se râpait les mains et on filait ses bas n’ont plus lieu d’être. Finie la vindicte, bonjour douceur caractérielle. Léger fondu, mince relief, dernière vague d’une vaine résistance. Quelques avancées percent au milieu du toit brun chocolat. Des tuiles plates et alignées, des chambres en mansarde, des volets bleus. Mais pas n’importe quel bleu. C’est vrai après tout, il en existe tant. Mon bleu tire un peu la couverture au gris des jours de pluie. Ni trop clair, ni trop foncé. Plus prononcé que celui du ciel des jours où il fait bon sortir les nappes pour pique-niquer. Moins téméraire toutefois qu’à la tombée de la nuit sur une morne journée d’orage. Un bleu moyen : loin d’Azur, en froid avec Turquoise, boudant Marine, guéri de Cyan. Et pourtant plus que jamais entiché du bois de ces volets bien imparfaits. De ceux qui laissent filtrer, par fins liserés, le soleil d’une matinée d’été. Doux motifs sur les murs d’une chambre ensommeillée. Comptine annonçant gaiement l’heure des croissants et des bisous. Dans le cou. Je vois des rideaux de lin à pois gris, une fenêtre ouverte sur un jardin, des draps froissés et une douce lumière.

J’aimerais bâtir une maison. Une maison de mai.

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J’aimerais que lundi n’arrive jamais


J'aimerais que lundi n'arrive jamais - Brève - Textes courts - Ecriture -  Miss Blemish

L’attente délicieuse. Les plus belles secondes du week-end peut-être. Celles juste au seuil. Un pied sur le quai, l’autre déjà sur la margelle. En équilibre. Goûter par avance à la douceur du temps qui s’écoule sur lui-même. Pour lui-même. Sans rien attendre en retour que la liberté. Planifier encore un peu. Esquisse floue tracée comme par habitude. Penchant masochiste né des contraintes de cet autre temps. Celui qui réclame. Plus. Encore un peu plus. Grappille, vole, dérobe, dévore. En un grand tourbillon. Puis s’étiole, s’essouffle, s’estompe. Juste au seuil. Secondes légères, ballerines graciles. Regarder l’aiguille sur le cadran. Mouvements infimes qui écrivent demain. Tic-tac. Merveilleuse berceuse que celle du temps qui s’écoule avec lenteur. Presque tendrement. Caresse imperceptible qui éloigne, rapproche, défait, confond. Apaise. Regarder l’aiguille tourner. Imperturbable. Immuable chemin sur scène horloge. Toujours identique et pourtant tellement différent. J’aimerais sentir. Sentir le temps qui s’écoule. Le toucher du bout du doigt. Chatouiller le futur, le déranger pour le retenir un peu. Juste un peu. Pour qu’il n’arrive pas trop vite à destination.

Il reste tant de choses encore à savourer d’ici lundi …

Credit Photo : Nicolas Marguerite

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La danse du crépuscule


La danse du crépuscule - texte court - Ecriture - Miss Blemish

Crédit Photo : Unsplash

8h30 : les volets s’ouvrent. Chanson métallique d’une technologie qui dit non au sommeil se prélassant sur contrée matinée. Egaré. Tiédeur et moelleux d’une couette épaisse comme seuls alliés à la tendresse de la langueur volée. La lumière éteinte de l’hiver perce. S’immisce. La paupière frémit. Le corps se meut dans cet entrelacs de draps, de coussins, de pyjamas. Engoncé. Les mains ramènent les couvertures à elles. Jusqu’au creux du cou. Là où le vent chatouille même lorsqu’il ne souffle pas. Les pieds se frottent mais les yeux se refusent encore à céder à l’envahisseur. Il n’est de place pour ceux qui s’imposent. Dehors pourtant, le monde s’éveille. Lui aussi semble-t-il, peine à tourner ces temps-ci. Le paysage criant le froid. Monotonie d’une brume qui s’alanguit. La douceur d’un rose délavé égaye un temps le nuage pâle. Doux spectacle que les seules heures de clarté qu’offrira cette morne journée.

Refusé.

Ticket remboursés.

Ténèbres.

Il n’est qu’un seul spectacle que le corps veuille revoir. Paupières closes. Plongée sous la couette dans le tiède bain du souvenir diffus. Instants rêvés ; perdus. Rembobiner le film comme on remonte les aiguilles d’une pendule arrêtée trop tôt. Avant le dénouement. Allumer le projecteur. Baisser les lumières. Songer très fort. Invoquer la suite. Fermer les yeux. Plus fort encore. Encore. Somnolence de patchwork. Collage rafistolé d’un rêve qui s’enfuit. Réminiscence floue, pâte à carton. Bientôt il n’en reste plus qu’une vague sensation. C’était bien. Peut-être. Le corps ne s’en souvient déjà plus. Les yeux cèdent. Se défroissent. Un pli après l’autre. La lumière grignote du terrain. Les cils se démêlent, la pupille s’agrandit.

Mais le crépuscule est mort.

 

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