Textes courts

Nouveau départ


Nouveau départ - Texte court - écriture - Miss Blemish Courir dans l’herbe. Pieds nus. Un jean et un marcel blanc. Juste un champ immense. Un plan d’eau, peut-être à l’horizon. Trop loin pour s’y baigner, juste assez près pour rêver s’y tremper les pieds. Cheveux détachés, en toute liberté. Oublier le vélo, les sacs et les clés. Tout laisser. Juste au bord du chemin. Laisser les mots, ne garder que le bourdonnement silencieux de la nature. Aucun autre chant que celui des abeilles ne devrait en cet instant exister. Poser les armes, les boucliers, les pansements hier ensanglantés. Légèreté. Pardonner aux larmes d’avoir coulé, les regarder lentement s’éloigner. Couper le fil, jeter la lame. Penser « Adieu » mais n’en rien dire, fermer les yeux pour sourire. Tout laisser, ici, juste au bord de la chaussée.

Ne rien garder de plus que ce qu’il faut pour savourer, aimer, partager, goûter, sentir, dévorer.

Deux poumons pour respirer, deux mains pour donner, deux yeux pour s’émerveiller.

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Dans la brume


Dans la brume - Textes courts - écriture - Miss Blemish

Tout près de la jetée, deux avant-bras posés sur le garde-corps face au lac. Des moutons d’écume, enfants d’une bise gelée. Les bateaux restent au port, les passants se font rares. Le ciel, clair. Loin sont les nuits d’été où il faisait bon se promener, en bord de jetée, ballerines sautillant sur les dalles de pierre blanc cassé. Robes légères flottant sous les assauts d’un vent imaginaire, ode à la langueur des heures endormies, il ne reste plus ici que le gris. 

Credit photo : Alexandra B.

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Une maison de mai


 

Une maison de mai - Textes courts - Miss Blemish

Crédit Photo : Unsplash

J’aimerais bâtir une maison. Ce foyer qui nous ouvre sa porte comme on lui tend les bras. Je ferme les yeux et je peux presque toucher le crépi blanc cassé. Assagi. Les pointes farouches des façades d’antan contre lesquelles on se râpait les mains et on filait ses bas n’ont plus lieu d’être. Finie la vindicte, bonjour douceur caractérielle. Léger fondu, mince relief, dernière vague d’une vaine résistance. Quelques avancées percent au milieu du toit brun chocolat. Des tuiles plates et alignées, des chambres en mansarde, des volets bleus. Mais pas n’importe quel bleu. C’est vrai après tout, il en existe tant. Mon bleu tire un peu la couverture au gris des jours de pluie. Ni trop clair, ni trop foncé. Plus prononcé que celui du ciel des jours où il fait bon sortir les nappes pour pique-niquer. Moins téméraire toutefois qu’à la tombée de la nuit sur une morne journée d’orage. Un bleu moyen : loin d’Azur, en froid avec Turquoise, boudant Marine, guéri de Cyan. Et pourtant plus que jamais entiché du bois de ces volets bien imparfaits. De ceux qui laissent filtrer, par fins liserés, le soleil d’une matinée d’été. Doux motifs sur les murs d’une chambre ensommeillée. Comptine annonçant gaiement l’heure des croissants et des bisous. Dans le cou. Je vois des rideaux de lin à pois gris, une fenêtre ouverte sur un jardin, des draps froissés et une douce lumière.

J’aimerais bâtir une maison. Une maison de mai.

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