Textes courts

Et soudain l’heure de se dire « au revoir »


La fin - Et soudain l'heure de se dire "au revoir" - Texte court - Ecriture - Rupture - Miss Blemish

Ainsi donc, il était parti. Au début, je ne m’aperçus de rien. Bien sûr il y avait quelques réminiscences fugaces des cris, des larmes, des rires pathétiques. Notre complicité comme une maladie incurable. La fin ne ressemblait pas à la fin. Elle appelait encore un demain, un après-demain et pourtant nous savions que nous jouions la dernière scène. Celle qui clôt la pièce. Plus de place pour la rancune et la rancœur. Oh, nous nous y amusions quelques instants mais, c’était plus fort que nous. Comme deux enfants nous reprenions le film, les meilleurs moments. Les débuts, le milieu, le silence. Plus la liste de nos souvenirs s’allongeait, plus je nous trouvais absurdes, tous les deux si proches et pourtant déjà si loin. Nous nous infligions la dernière blessure. Celle du gâchis. Celle du raté. Il fallait bien faire naître quelques « si seulement… » pour hanter le vide que l’absence de l’autre créerait. Alors nous bricolions, nous racontions, nous faisions tomber les masques mêlant sentiments remâchés et compliments ajustés. Nous disions ce que l’autre voulait entendre et que peut-être nous nous étions toujours refusé à dire. Pourquoi pas même à ressentir ? Le jeu de l’honnêteté ressemblait à une comédie mensongère. Celle de deux êtres qui auraient bien voulu s’aimer encore un peu mais qui se quittent quand même. Parce que. Il faudrait lui tordre le cou à ce « parce que ». Lui apprendre la vie. Peut-être comprendrait-il ainsi la cruauté du désordre qu’il semait dans la nôtre. Dans la mienne. Surtout. L’égoïsme est un ingrédient clé sans lequel aucun chagrin d’amour ne saurait exister. J’étais donc la plus triste par définition. Je lui accordais tout de même le droit de se penser le plus malheureux de son côté. Personne n’est à l’abri de cruelles erreurs de jugement. Plus de nouvelles, pas d’appels, pas de messages. Nous étions deux étrangers parmi tant d’autres. Et c’est là, au milieu de cette absence de toi que je découvris la cruauté du « Jamais ». Jamais plus je ne m’endormirais nue dans tes bras et plus jamais je ne me réveillerais avec toi. Et la liste s’allongeait. Encore. Sans que je puisse l’en empêcher, interminable inventaire de toutes les expériences que nous ne partagerions jamais. Je goûtais à la perte la plus terrible qui soit : la perte du futur.

Effacé.

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Nouveau départ


Nouveau départ - Texte court - écriture - Miss Blemish Courir dans l’herbe. Pieds nus. Un jean et un marcel blanc. Juste un champ immense. Un plan d’eau, peut-être à l’horizon. Trop loin pour s’y baigner, juste assez près pour rêver s’y tremper les pieds. Cheveux détachés, en toute liberté. Oublier le vélo, les sacs et les clés. Tout laisser. Juste au bord du chemin. Laisser les mots, ne garder que le bourdonnement silencieux de la nature. Aucun autre chant que celui des abeilles ne devrait en cet instant exister. Poser les armes, les boucliers, les pansements hier ensanglantés. Légèreté. Pardonner aux larmes d’avoir coulé, les regarder lentement s’éloigner. Couper le fil, jeter la lame. Penser « Adieu » mais n’en rien dire, fermer les yeux pour sourire. Tout laisser, ici, juste au bord de la chaussée.

Ne rien garder de plus que ce qu’il faut pour savourer, aimer, partager, goûter, sentir, dévorer.

Deux poumons pour respirer, deux mains pour donner, deux yeux pour s’émerveiller.

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Dans la brume


Dans la brume - Textes courts - écriture - Miss Blemish

Tout près de la jetée, deux avant-bras posés sur le garde-corps face au lac. Des moutons d’écume, enfants d’une bise gelée. Les bateaux restent au port, les passants se font rares. Le ciel, clair. Loin sont les nuits d’été où il faisait bon se promener, en bord de jetée, ballerines sautillant sur les dalles de pierre blanc cassé. Robes légères flottant sous les assauts d’un vent imaginaire, ode à la langueur des heures endormies, il ne reste plus ici que le gris. 

Credit photo : Alexandra B.

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