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Une histoire presque vraie


Une histoire presque vraie - Nouvelle - Miss Blemish

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Samedi matin d’un quelque part à la fin du mois de janvier, les draps sont froids. Les heures passées n’ont pas suffi à les réchauffer. Ses pieds se rejoignent et se frottent sous la couette épaisse, ils sont glacés. La paresse des nuits commencées entre trop tard et trop tôt a laissé les volets de la large fenêtre faisant face au lit mi-clos. Une lumière terne et grise glisse dans les interstices étroits, filtre à travers les rideaux d’un lin blanc fin taché de pois gris. Depuis le lit, elle dessine des motifs entre les points qui se joignent en des lignes invisibles et c’est tout un langage qui se dévoile dans le paysage ordinaire. Il est parti mercredi soir pour les pays-bas, aider des amis qui s’installent là-bas. Ces deux journées depuis ont eu un goût de papier, teinté d’ennui, dans une errance qu’elle n’a jamais connue qu’en ses absences. 
Elle tend son bras, main en aveugle palpant la surface surchargée de sa table de chevet. Malgré la presque clarté qui règne dans la chambre, l’écran de son téléphone rallumé l’éblouit. 9h51, samedi 25 janvier. Elle frotte des yeux qui n’ont pas encore choisi entre jour et nuit. Elle le sait, les nuits trop courtes volent toujours leur saveur aux matinées. Elle se redresse un peu, ramène les couvertures à elle en même temps que ses genoux tout contre la poitrine. Le dos collé au mur froid – peau hérissée qui frémit – les coussins quelque part, tombés sur le parquet, elle ouvre sa messagerie, lit quelques mails, laisse défiler les actualités de son fil twitter. Son portable vibre, le prénom de son Il s’affiche. Elle sourit, ramène une mèche de ses  cheveux bruns ondulés et emmêlés à son oreille. Elle aime les messages du matin. Incapable d’attendre pour ses mots, elle quitte l’article de presse à peine entamé, clique sur l’icône qui clignote à l’écran.

« Anne, ne m’en veut pas si je ne suis pas présent pendant quelques temps. J’ai besoin de remettre un peu d’ordre dans ma vie. Je ne sais plus très bien où j’en suis. Je t’embrasse, pardonne-moi, Paul. »

*

L’eau de la douche pourtant tiède agit comme une brûlure sur sa peau. Eau claire et eau salée se mêlent jusqu’à s’effacer, recouvrir l’entendue dévastée de son corps meurtri et intact au dehors. Tout est terminé. 
Le corps s’extrait avec peine et lenteur de la baignoire. La main saisit une serviette, la porte au visage, trace une marque aux airs de blessure sur le miroir masqué d’une buée blanche et dense. Les yeux se lèvent vers un reflet qui s’excuse. Peau diaphane comme effacée, noir qui coule sur cernes violacées, yeux rougis, luisants, brillants des peines qui assèchent jusqu’au corps qui tremble, le coeur cognant dans les tempes. Est-ce bien cette femme qu’il n’aimait pas ?

 
Elle scrute son reflet comme on pose une question. Avance, recule. Le nez collé à la surface elle peut voir les pores de la peau, les ridules au coin des yeux, les petits cheveux qui collent, les autres qui goutent. Elle voit tout, ne comprend rien. Son reflet est une énigme. Elle recule. Droite, debout, elle se dévisage. Elle non plus, elle ne se serait pas aimée.

*

Janvier, février, mars. Le temps avance. Il lui parle encore quelques fois et elle répond.  Elle répond pour qu’il existe encore un peu. Un peu dans lequel elle trouve encore la place de poser le miroir d’un nous au singulier. Quand elle lui parle, cette béance dans la poitrine n’est plus tout à fait aussi béante et elle se découvre à préférer aimer une chimère qui parle qu’un long et profond silence ne faisant echo qu’à sa propre tristesse. Alors elle continue. Le matin, à se lever, à empiler une action sur l’autre, machinales, pour que la somme au dehors ressemble presque à ce qu’étaient, avant, les journées ordinaires. Et un jour, lorsque beaucoup de journées ont ainsi été dans un brouillard de plus en plus clair empilées, ça fait longtemps. Le silence n’a plus de pesanteur ni de présence et les gestes n’ont plus besoin d’être mesurés pour percer la toile, continuer à exister. Elle est là, le présent redevenu tangible, matière sur laquelle elle s’imprime à nouveau, fantômes abandonnés au passé.

*

Mai

Il est déjà tard lorsqu’elle rentre chez elle et aucune molécule en elle n’a plus l’envie de respecter l’engagement qu’elle a pris de ressortir ensuite. Adossée au court plan de travail de sa cuisine péniblement éclairée par l’ampoule suspendue à ses fils colorés, elle saisit un bol de soupe fumante. Le regard perdu quelque part entre le mur à la peinture qui s’écaille, dénudé par endroits et le carrelage abimé, elle tergiverse encore, sourcils froncés et lèvres pincées dansant au rythme de son hésitation. Après tout, les entrées sont achetées, son amie presqu’arrivée, il n’est plus temps de se défiler. Elle prend une dernière gorgée qui laisse son bol à moitié vide dans l’évier et rapidement se déshabille, ses vêtements jetés au sol du couloir à la salle de bain. Son corps glisse sous le jet chaud puis dans cette robe verte, foncée et brodée, qui la dénude à mi-cuisse. Collants fins‚ ballerines, trait noir au ras des cils, mascara et sourire répondent à son reflet. Elle saisit les clés sur le buffet, dévale les escaliers jusqu’à l’entrée. Laura est déjà là dehors qui l’attend dos au portail. La soirée peut commencer.

La salle est pleine lorsqu’elles s’engagent dans la foule vrombissante, serrées par la peur de se perdre, le corps arqué, sur la pointe des pieds, les yeux perdus dans l’investigation de la foule. Il est autant d’amis retrouvés que de pauses dans ce parcours à but inconnu mais ardemment, instinctivement recherché. Et puis, après les embrassades, un verre sur elle renversé, les fous rires, les clins d’œil, elle le voit. Inconnu près du bar, chemise à carreau, cheveux bruns, barbe qui barre les joues. Il est beau et alors que déjà elle s’approche empruntée et s’arrête à quelques mètres, dos à lui, faisant mine de danser dans une cacophonie de gestes qui ne trouvent plus leur voie d’elle au reste du monde, il la voit et s’approche. Bientôt, les mètres deviennent des centimètres qui deviennent des millimètres qui s’effacent dans la rencontre de deux corps dansant au rythme qu’ils se sont choisis. Et c’est maintenant, l’amour. Deux étrangers en passe de se connaître, dans le sas avant les premiers mots, dans les premières minutes d’un désormais presque longtemps.

*

C’est aujourd’hui. De peur et d’excitation, elle n’en a pas dormi de la nuit. C’est la première fois qu’ils se reverront. Le reconnaîtra-t-elle ? Dans l’entrée, elle tourne sur elle-même, scanne l’appartement du regard, vérifie une dernière fois comme pour retarder encore un peu l’heure de s’en aller qu’elle n’a rien oublié. Elle passe la lanière de son sac à son épaule. Avant de rejoindre Henri, un dernier coup d’œil dans le miroir. Quelque chose a changé. Quoi ? Elle ne saurait le dire. Les yeux peut-être, le regard. Elle monte les escaliers, arrêt Concorde. Elle a choisi ce jean qu’elle découvrira plus tard qu’il n’aime pas, un qui monte un peu trop haut, un peu trop large, qui blouse sur une taille marquée par une ceinture, elle, ajustée. A ses pieds, des scandales, ses préférées, qui se saliront de la poussière blanche du jardin des Tuileries par cette après-midi ensoleillée et sur son jean, un top dentelle noire en dehors, doublure gris anthracite en dedans. Elle sort sur la place et se dirige enfin vers l’entrée du parc où – il lui a dit – il l’attend assis sur l’un des piliers verts foncés. Cachée par les murs gris de la terrasse qui depuis là-haut s’ouvre sur l’une des plus belles places de Paris, elle sent bien qu’elle a les mains moites et que son cœur bat, un peu trop. C’est le dernier moment pour reculer mais déjà elle inspire et ses pas franchissent la limite entre ombre et pavés baignés dans la lumière du presque été. Et elle avance, avance et il est là et il se lève et il a ce pantalon camel, ces chaussures grises et marine qui s’accordent à la veste ajustée, au tee-shirt rayé – une petite poche côté cœur – et il y a les cheveux, la barbe, les épaules larges et comme une évidence, un nous né d’un elle qui l’a reconnu lui. D’un lui qui l’a reconnue, elle.

*

Quelques pistes de réflexion

Cette nouvelle est née en atelier d’écriture. La consigne ce soir-là était d’écrire l’histoire précédant une phrase de fin imposée. Parmi les trois qui nous étaient proposées j’ai choisi celle extraite de Spirale de Tatiana de Rosnay « Avant de rejoindre Henri, un dernier coup d’œil dans le miroir. Quelque chose a changé. Quoi ? Elle ne saurait le dire. Les yeux peut-être, le regard. » Et j’ai pensé que partager avec vous la manière dont j’avais réfléchi sur ce sujet pourrait vous intéresser !

Pour se faire, j’ai raisonné comme on le faisait en philosophie, en questionnant les mots de cette phrase dont je devais donner au lecteur toutes les clés. Ainsi je devais résoudre :

Qui est Henri ?

Miroir ? – cela me renvoit à l’image qu’elle a d’elle-même, la confiance, ce qui est montré, ce qui est caché. Rapport à son image, relation à son reflet. Le miroir reviendra en fil rouge dans ma nouvelle. C’est lui qui catalyse l’avancée du récit.

Quelque chose a changé – évolution, état antérieur. Quelque chose a changé et cette chose est en lien étroit avec sa relation aux hommes puisqu’elle en cite un juste avant. Quelque chose a changé dans sa manière d’aborder ce rendez-vous et cela est étroitement lié avec sa perception d’elle-même, son attitude (le regard). Rupture antérieure ? Manque de confiance ?

Le regard – sur elle-même ?

A partir de ces briques, de ces questions auxquelles je devais trouver des réponses, je pouvais construire mon récit ! J’espère que ce cheminement partagé pourra vous aider dans vos récits futurs !

Et vous, des histoires à raconter ?

 

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Des mots, des retrouvailles et du temps qui passe


Des mots, des retrouvailles et du temps qui passe - nouvelle - les jolies plumes - Miss Blemish

C’est devenu plus compliqué, ces temps-ci, de coucher ce genre de mots sur le papier. Des mots de fiction, des mots qui racontent une histoire, des mots à rêver. Je m’y exerce toujours, tous les jeudis soirs – les jeudis de bagels et de recettes éclair – pourtant je le sens, mes idées, cette envie, ce mouvement vers la création a besoin de retrouver ses marques et son élan. Car des histoires, j’en entends tant et tant, chaque jour, de toutes ces personnes que je croise pourtant si peu de temps, que c’est comme s’il n’y avait plus tout a fait la place d’en mettre davantage et pire ! d’en inventer là où il en a déjà tellement qui se racontent et s’écrivent. Alors avec Les jolies plumes je m’y remets. Et trouver une aide dans un projet créé il y a bientôt un an à quatre mains avec mon amie Fabienne, je trouve cela plein d’espoir. « L’Homme construit à se détruire », c’est ce qu’affirmait cet homme, assis sur le banc face à nous hier à l’heure des pommes qui craquent et du café. Et si au fond de moi je sens qu’il a raison, peut être est-il pourtant des fois où l’Homme construit les repères qui le guideront quand l’avenir se fera un peu moins clair.

Le thème de ce mois-ci était « Les retrouvailles ». Alors je vous laisse, avec elle, avec lui, en espérant réussir à vous prendre par la main pour vous guider jusqu’à eux, dans leurs doutes, dans leurs peines et surtout dans leurs joies.

*

Elle

Je jette un rapide coup d’œil à ma montre alors que je franchis la porte du café, légèrement essoufflée. Je me rends compte avec soulagement que je suis en avance. Je choisis l’une des tables collées à la fenêtre, celle du fond. J’enlève mon manteau, pose mon sac et m’assoit. Au-dessus des banquettes brunes en cuir matelassé des miroirs accrochés encadrent la pièce en un long bandeau. Je m’aperçois dans ceux accrochés au mur face à la large vitrine. J’ai les joues rougies, les yeux brillants et quelques petits cheveux que je viens rapidement coiffer se sont collés à mon front. L’air est saturé des arômes chauds et mêlés de poussière et de café. Il y a quelque chose d’apaisant dans ces bruits et parfums familiers. 19H20. Il me reste encore quelques minutes pour retrouver un rythme apaisé pour respirer. Un homme est accoudé au bar, il me regarde. Il semble triste lui aussi.

« Vous désirez boire quelque chose Madame ? me demande le serveur au tablier blanc taché, interrompant le fil de mes pensées. 

– J’attends quelqu’un… je préfère l’attendre pour commander. »

Il me sourit ce à quoi mes lèvres esquissent une pâle réplique. On ne m’appelait pas Madame avant.

C’est la première fois que je le reverrai. J’ai les mains moites et le souffle coupé à cette seule idée. Dans quelques minutes il franchira cette porte et sera face à moi. Peut-être même le verrais-je arriver dès qu’il sera sorti de l’ombre dans laquelle l’immeuble vole à nos regards une partie de la rue. Je peux sentir mon ventre, ma gorge, mon corps tout entier se nouer, se liquéfier dans la peur de ne plus jamais réussir à être une femme qu’il puisse aimer. Car je sais que je ne redeviendrais jamais celle que j’étais. Mais pourrait-il aimer celle que je suis aujourd’hui ? De peur de manquer ma chance en la précipitant il me faut agripper mes doigts, fort, au rebord de la banquette pour ne pas céder à la tentation de m’échapper. Mais l’envie – le besoin – de le revoir est plus forte encore alors je reste assise le dos bien droit, les yeux perdus dans la danse des barmen qui s’activent de l’autre côté du comptoir. Et soudain, la cloche de la porte d’entrée tinte de ce bruit familier commun à tous les cafés et il est là et au premier regard il me voit.

Il me reconnaît, sans hésiter.

Il rejoint la table, rapidement et arrivé devant, il marque un arrêt, interrompt son mouvement. Je me lève doucement.

« Bonjour Elise »

« Bonjour Mathieu »

Je me glisse hors de la prise de la table et lentement je m’approche et le prend dans mes bras. Délicatement, il enroule les siens autour de moi et embrasse tendrement mes cheveux. Il ne me serre pas et après ce qu’il faut d’instants de sa chaleur, de son parfum, je me détache et recule d’un pas. Je le regarde et lui aussi. Cela me semble durer longtemps, le temps suspendu.

« On s’asseoit ? »

J’acquiesce

« Tu vas bien ?

– Je vais mieux.

– Tu m’as manqué Elise.

– Toi aussi – je respire profondément – énormément. »

Nous restons un long moment silencieux à nous dévisager encore. Lui aussi semble avoir vieilli. Je veux parler mais déjà le serveur nous interrompt et note sur son carnet, deux chocolats chauds.

*

Lui

J’allais être en retard et je ne pouvais m’empêcher de me demander jusqu’à quel point ce n’était pas un fait exprès. Ces six mois passés dans l’appartement vidé de sa présence avaient été longs, souvent ternis d’une tristesse diluée, ravivée par un vêtement tombé derrière le canapé, une chanson sur laquelle on a trop souvent dansé, une expression volée à celles qu’elle employait tout le temps. Avant. Et puis, la culpabilité.

Durant ces six mois, elle avait refusé mes visites ; même après que les médecins aient levé l’interdit. Elle n’était pas prête, elle ne voulait pas que je la vois ainsi au milieu des murs vert pastel de l’établissement. Elle voulait réussir à réassembler les pièces d’un puzzle dont elle me voulait exclu par peur de nous briser aussi comme elle avait bien malgré elle tenté de le faire avec son corps. Elle m’avait dit « je ne veux pas t’empêcher de vivre ta vie » et si j’avais voulu protester, elle n’avait rien voulu entendre tout comme je n’avais rien fait de ce que cela sous-entendait. Je me souviens de l’eau qui coule dans la salle de bain, après les repas, de ces liens qui ne se font pas et des vêtements qui s’accumulent, dissimulent, des larmes qu’on sèche et des éternuements qu’on feint, « tu comprends, c’est ma rhinite qui revient ». Je me souviens l’aveuglement complaisant parce « non, ça ne se peut pas, mon Elise, elle ne ferait jamais ça ». J’arrive à l’angle de la rue et soudain je la vois à travers la vitre transparente brillant des reflets du ciel gris. Je m’approche jusqu’à la voir distinctement. Elle a le regard perdu quelque part à l’intérieur de la salle et de temps à autre son visage s’éclaire d’un fantôme de sourire.

Avant, elle était belle. Aujourd’hui elle l’est toujours autant mais sa beauté est devenue touchante, comme si toutes les blessures avaient fait remonter jusqu’à la peau, tout ce qu’elle était. On voit encore un peu, en transparence, l’ombre des creux, les cernes bleutées, la peau diaphane. Pourtant il y a les lèvres rouges, les joues rosies, les yeux brillants des heures difficiles autant que de l’esprit pétillant. Saurais-je l’aimer comme elle a besoin qu’on l’aime ? Saurais-je me pardonner ?  lui pardonner ? J’entre et il y a sa voix, ses mots, mon nom délié par sa langue, la musique chantante et soudain le corps fragile qui vient se poser contre le mien. J’approche mon visage de ses cheveux et me laisse emporter par les notes de mûre qui rappellent à ma mémoire le chemin hors du noir.

*

D’autres jolies plumes ont écrit leurs retrouvailles

J’ai écrit – Queen Sarah – Fil culturel – Canaille Blog – AJC pour vous – Julinfinity  – Un livre de citations – Eclectik girl – Godfish Gang Blog – Fuite en avant La valise de Sarah Bigouden blues – Ma vie de Brune 

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Mon rituel d’écriture


Mon rituel d'écriture - Miss Blemish

Les mots au creux de ventre et poitrine, phrases prises au piège à ma gorge nouée, j’essaye bien – en vain – de rester concentrée sur ce qui m’appelle au présent de tâches grises mangeuses de temps. Des qui d’un « il faut » éclipsent de soucis jusqu’au ciel bleu des jours sans pluie, des raisonnables – immuables – qui ignorent tout de l’impermanence fragile de l’intuition que l’on hume aveugles, en détectives embusqués, prêts à bondir pour en saisir jusqu’à la plus infime nuée.

Février l’an dernier je commence à écrire dans l’instantané. À tout noter, du plus infime début d’idée aux grandes envolées – mêmes un peu bancales, un peu ratées –  petites phrases et fragments isolés. Je décide – comme une évidence – de donner sa chance à la moindre idée consciente que – fugaces et joyeuses – elles n’attendent pas qu’on ait le temps de leur consacrer celui qu’elles réclament là maintenant à l’heure où toujours il y a déjà mille choses dont il faut – vite vite ! – s’occuper, discuter, terminer. Car une fois les impératifs liquidés, les idées ignorées, elles, se sont envolées.

De l’arrêt brutal de ce bouillonnement furieux lorsque soudain le temps revient, j’ai acquis la certitude que c’est de l’agitation que naît l’inspiration. De ces milles choses menées de front, de cette course contre la montre,  des trains qu’on rate et des talons qui claquent sur le pavé. Comme s’il fallait ce fouillis pour que les idées cliquent entre elles et forment ce petit réseau qui mène un souvenir à un autre, une image à une émotion, une odeur, une matière, un sujet pour que du tout entremêlé jaillisse un peu de nous.

Mais pour écrire dans l’instantané, il me fallait un outil toujours prêt, toujours à disposition, qui ne demande pas trop de complications pour s’en servir au quotidien – lorsque je marche, travaille, sors, mange… Et quel est le seul objet – permettant d’écrire – que l’on a toujours sur soi ? Son smartphone. J’écris donc depuis un an déjà sur mon téléphone, dans les brouillons de ma boîte mail. Tout. Et tout particulièrement ce qui touche à ce blog. Idées, bouts de phrases, débuts d’articles, articles entiers – en jets – liens, listes, commentaires, pistes à exploiter, réflexion naissante… Et à ma grande surprise cette manière de procéder a eu énormément de retombées positives sur lesquelles je pourrais disserter si longtemps que je me suis dis qu’une liste serait encore la manière la plus claire de vous en parler… 

Mon rituel d'écriture - Miss Blemish

Les avantages

– Je suis mobile : je peux écrire partout, tout le temps, sans avoir besoin d’espace / de bureau / de lieu spécial / de matériel précis. J’ai juste besoin de mon smartphone chargé. Ce qui est le cas 99% du temps.

– c’est une écriture qui se faufile dans mon quotidien, y fait corps, ne l’interrompt ni ne le contraint. Je ne m’arrête pas pour écrire, j’écris dans le flot de ma journée : j’écris dans la file des courses, j’écris sur le canapé, avant dîner, dans mon lit – matin, soir – j’écris dans les transport en commun, dans le train, à la gare, en attendant un rendez-vous, au café, entre deux impératifs, en travaillant… Cela me permet d’écrire énormément – et bien plus qu’avant – sans que mes proches en ressentent les effets. Je ne m’isole pas pour écrire, j’écris avec eux, à côté d’eux, en continuant la discussion… cela s’intègre, cela ne scinde pas.

Désacraliser l’écriture jusqu’à rendre l’acte naturel. Écrire tout le temps, partout et sur un support qui n’est pas – au premier abord – destiné à l’écriture créative, a énormément atténué la peur, la crainte, le vertige face à la page blanche. Cela m’a complètement libérée du rituel que l’on connait tous de s’installer face à la feuille blanche – de papier ou d’un document Word encore vierge – et de se dire  » Pfffiuuu c’est LE moment d’écrire ». Je ne vais plus chercher l’écriture, c’est elle qui vient me trouver. Il n’y a pas UN moment où je dois être performante mais une multitude de moments où j’ai des idées, que je note, qui aboutiront peut être, peut être pas mais qui dans tous les cas ne seront pas perdues.

– une écriture quotidienne – au minimum – et pluri-quotidienne le plus souvent. L’écriture a aujourd’hui une vraie place dans mon quotidien sans pour autant que cela « prenne » de la place (cf – points précédents)

– Et avec cette écriture quotidienne, forcément, des progrès. Une plus grande facilité, une plus grande aisance, des idées mieux exprimées, des mots choisis au plus proche du sens que je veux leur donner… Plus on écrit et plus il devient facile d’écrire. Moins on a peur de l’acte en lui-même, moins on place sur nos épaules une pression démesurée, moins on attend du « tout, tout de suite » conscients que c’est une ébauche, une idée, que l’on retravaillera forcement et moins on s’auto-censure.

– La liberté. Tout écrire et aussi s’autoriser à tout écrire. Même si on ne sait pas où ça nous mènera, même si le fragment est tellement insignifiant, même si on sent que l’on s’aventure à l’aveugle dans l’inconnu…

– Et pour ce qui est du côté « pratique » : le fait d’écrire dans mes brouillons de mails me procure un format adapté qui me permet d’avoir une vue d’ensemble de ce que j’écris malgré l’écran réduit – par rapport à celui d’un ordinateur par exemple… et les textes enregistrés sur mon téléphone sont disponibles depuis n’importe quel ordinateur avec une connexion internet. Il est donc facile de les retravailler, de les éditer, de les transférer sur WordPress.

Les inconvénients

Je vous avoue que j’ai eu beaucoup de mal à en trouver des convaincants pour moi mais je retiendrais celui-ci : l’écriture a pris la place de la lecture. Avant je lisais beaucoup, aujourd’hui j’écris beaucoup… cette nouvelle manière de concevoir et de vivre mon écriture n’y est pas pour rien cependant je ne crois pas que cela en soit 100% responsable. Je prends moins de plaisir à lire des romans en ce moment, pourtant la lecture garde une place de premier choix dans mes loisirs car je passe mon temps à lire des articles, des blogs, faire des recherches… peut-être ai-je juste moins de place pour la fiction ces temps-ci…

Note : c’est volontairement que je ne cite pas la marque / le modèle de mon téléphone – low cost – car là n’est pas « l’enjeu ». N’importe quel smartphone fera l’affaire si vous avez envie d’essayer :)

Mon rituel d'écriture - Miss Blemish

Et toi, tu as un rituel d’écriture ? Un lieu, un objet, un outil dont tu ne peux plus te passer ? Qui a tout changé ?

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