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Du sable et des étoiles


 Une collègue de mon père lui a dit un jour « Prends garde à tes vœux, ils pourraient se réaliser« , il me le répète souvent depuis. Cet été en Corse, après avoir terminé de rédiger son article, cette amie qui lorsque j’étais petite était une grande, un modèle et qui aujourd’hui me parlait comme son égal demandant même parfois jusqu’à mon avis, cette amie et moi sommes ressorties pour aller observer les étoiles, la plage à cinq minutes des chambres silencieuses de l’appartement endormi. Nous nous sommes assises dans le sable, humide de la nuit fraîche, grelottant un peu parfois, piège classique des nuits d’été où l’on dédaigne les gilets. Nous avons parlé les yeux tournés vers le ciel. Elle me montrait des étoiles au loin, si loin qu’elles donnaient l’impression de scintiller. La pléiade. Là-bas, juste au-dessus de l’horizon.

La nuit des étoiles était passée, nous étions déjà le 18 août et pourtant nous ne perdions secrètement pas espoir d’apercevoir quelques-unes de ces porteuses d’espoir. Les étoiles filantes demandent attention, concentration et éveil. J’avais une sourde inquiétude à manquer ce tracé bref sur le ciel noir, à regarder à cet instant-ci le ciel à ma droite alors qu’à ma gauche se déroulait le spectacle. Nous avons marché dans l’eau, nos jeans tout justes remontés, nous nous sommes allongées sans se soucier du sable qui partout s’infiltrerait. Dans nos cheveux principalement. Et elle a continué à me parler des étoiles qu’elle connaissait si bien là où je ne voyais que des points scintillants. Aujourd’hui je saurais peut être dessiner d’un regard quelques-unes des figures qu’elle pointait du bout des doigts. Les noms sont devenus flous. « J’ai toujours trouvé que la Lune était triste » me dit-elle soudain et effectivement, en l’entendant la décrire j’ai moi aussi pu distinguer ce visage triste dessiné par les cratères à sa surface.

« Que se passe-t-il si mes vœux sont en apparence contradictoires ? » – « À la prochaine, souhaite qu’elles [les étoiles] fassent au mieux, les contradictions arrivent parfois à bien s’accorder entre elles ». Elle m’a répondu que la vie était si simple avec moi, dans un sourire, et ce compliment m’a touché plus que beaucoup d’autres parce qu’à cet instant j’avais à nouveau 12 ans et elle 17, et qu’elle était à nouveau si grande et moi si insignifiante.

Elle a vu trois étoiles filantes, moi seulement deux, le manque d’habitude sûrement. Jamais encore je ne m’étais arrêtée si longtemps devant ce spectacle-là. Et j’ai repensé à cette phrase « Fais attention à tes vœux, ils pourraient se réaliser ». Alors, j’ai réfléchi longtemps. Il y avait mille choses que je brûlais de demander mais était-ce vraiment souhaitable ? À la première étoile j’ai donc sobrement demandé que tout se passe pour le mieux et pour la seconde je me suis contentée de remercier d’être si heureuse. J’ai laissé toute la place à la douce idée qu’où que nous soyons, nous contemplions le même ciel. Tout semblait moins loin alors. Nous avons fini par rentrer.

C’était la plus belle soirée de l’été.

Du sable et des étoiles - Texte court - Miss Blemish

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Papier mâché


Papier mâché - Amour - texte court - Miss Blemish

Article écrit et publié à l’origine en février 2013

Je vous écrirai l’amour. L’aube des sentiments comme des volets qu’on ouvre sur un jardin drapé de rosée. Engourdi. Ensommeillé. N’attendant que vos caresses pour s’éveiller. Rose fermée à la lueur naissante. Senteurs emprisonnées dans un écrin satiné.

Je vous écrirai l’espoir qui volette, feuillette, parsème le quotidien de ses paillettes. Le cœur qui s’étreint. Danse muette au son de votre prénom. A la chaleur de votre voix. A votre silhouette se dessinant au loin.

Je vous écrirai de ces promesses folles qui bercent le cœur des adolescents. A l’heure où y croire suffirait presque. Loin de l’ombre des écueils passés, ardoise effacée.

Je vous écrirai les yeux qui pétillent. Les larmes et la peur parfois.

Je vous écrirai mes lèvres attendant les vôtres.

Je vous écrirai ma main ouverte au matin, mes joues rosies à la chaleur des draps.

Je vous écrirai à vous dont j’ignore tout encore, vous que je devine proche sans pourtant vous connaître.

Je vous écrirai.

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A la douceur d’hier


A la douceur d'hier - texte court - humeurs - Miss Blemish

Rappelle moi le temps où l’on a pris la route tous les deux, ce moment où l’on y croyait si fort que nos doigts blanchissaient chaque fois qu’ils se croisaient, aussi blancs que les nuits passées à rêvasser éveillés ensemble par ordinateurs interposés. Cela semble hier, cela semble loin. Chuchote-moi le début des vents contraires avant de disparaître définitivement toi autrefois si proche aujourd’hui point incertain sur un horizon dont je me détourne inexorablement. Dis-moi tout ce que l’on a grandi ensemble qui lentement s’est immiscé entre nos mains enlacées. Peins-moi la route tanguant sous l’afflux des panneaux multipliés. Murmure-moi l’endroit où ailleurs l’a emporté sur toi. Nous pensions que chaque jour viendrait s’ajouter à la somme de nos bonheurs partagés… Il faut croire que nos lacunes en maths nous ont rattrapées. Je t’ai aimé hier, fort, trop fort peut être, ou pas assez sûrement, ou juste comme il faut, comme il fallait à cet instant. Et je t’aime encore aujourd’hui, mais plus comme avant, plus comme il faudrait, plus comme tu l’attends de moi. Je t’aime pour celle que j’étais hier et qui habite encore un peu en moi, discrète locataire hier timide et chétive. Le temps a soulevé tant de voiles, découvert tant de faiblesses, de rêves et de tendresses. Nos cartes se séparent là. La folie est partie avec des bêtises mais nous n’avions plus nos baskets de jeunes amoureux pour la rattraper. Un baiser. Deux baisers. Ou même trois. Nous n’avions pas l’âge de compter. Aujourd’hui nous avons grandi. Un peu. Et c’est pourtant déjà trop. Alors viens danser à tout ce que nous nous sommes aimés. Partageons, encore, juste pour cette soirée, un peu de cette folie qui jadis nous a habitée.

A deux amoureux d’hier, avec tout mon amour 

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