S’aimer à distance

3 mois


3 mois - Relation à distance - Miss Blemish

Y.,

Mardi matin, j’ai ouvert les volets sur la lumière grise des jours de pluie. La température était douce et pourtant tout l’appartement murmurait l’automne. M’ont alors frappée l’un après l’autre la nostalgie de nos deux automnes partagés – cette période que tous nos bons moments m’ont appris à aimer – et la certitude que tout ce que je nous souhaite arriverais. Aussi fugace et étrange que fut cette éclaircie marquée d’une inconditionnelle confiance en Nous – sitôt suivie de celle que probablement rien de ce que je me projette sans cesse dans ma tête pour nos demains ne ressemblera à ce qu’ils seront vraiment, on change tellement ! – ce fut comme si soudain j’étais soulagée d’un poids que je ne me savais pas porter jusque-là. Dans cette capitulation, ce « tout ira bien » murmuré de moi à moi avec une aveugle conviction, j’ai réalisé un peu plus tard qu’il n’était pas tant question des détails de notre futur salon – le canapé gris chiné, le parquet clair-brut-non traité, la luminosité, les murs blancs, les meubles en bois beige-doux – que de la fin face à mes pieds de la zone de test présente à chaque bouleversement de la vie, enfin franchie. Comme si ces trois premiers mois me murmuraient « respire, l’orage est passé » et moi de découvrir que je les avais passés pour une bonne part en apnée, mes « on verra bien » en rempart très haut pour ne pas tomber.

De ces 3 mois écoulés je garde le décompte des jours patient, nos instants partagés écourtés, les petits mots qui s’envolent, apaisent, consolent et disent l’amour partagé sans la retenue qui nous bride si souvent de dire aux gens qu’on aime combien – oh vraiment – on les aime. Comme on se sait chanceux, fiers et heureux de les aimer comme d’être aimés par eux. Comme parfois à l’intérieur tout se tord jusqu’à porter les larmes à nos yeux. S’il est une chance que je veux garder de ces mois séparés c’est bien celle-ci, ce savoir si particulier d’exprimer tout en entier et sans trembler ce qui se cache derrière les « je t’aime » murmurés, tous nos « il/elle le sait bien » abandonnés.

De ces 3 mois je garde aussi les dimanches après la mer, les retrouvailles sur les quais, l’attente qui me trouve toujours trépignante-impatiente-effrayée qu’un impair viennent à tout chambouler ou que je ne sache pas suffisamment profiter du peu de temps qui nous est accordé. Je garde les grimaces que tu m’envoies les soirs où tu comprends tout bas que je peine à sourire sans toi, mes céréales préférées – seulement vendues aux Pays bas – ramenées par lots de trois et nos livres échangés avec toujours en prescription nos « c’est sûr il va te plaire celui-là ». Je garde tous ces gestes, ces petits mots, ces attentions qui ont fait naître une toute nouvelle manière de vivre et dire notre complicité malgré les kilomètres. Tous ces petits riens qui représentent tellement, tellement pour moi. 

Et toi comment tu vas ?

L'Institut de Bonté - un café ensoleillé à Paris - Lifestyle - Miss Blemish

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Les halls de gare


Les halls de gare - Relation à distance - Miss Blemish

Y.,

J’apprends les halls de gare. À venir t’y chercher sourire aux lèvres et pas pressés vendredi soir. À en repartir sans pleurer dimanche, pas vraiment tard. Je réapprends le temps qu’on agrippe à l’heure où je t’attends et où ne restent plus que quelques minutes qui semblent s’étirer à elles seules – infime poignée – plus encore que toutes les semaines écoulées. Sur la pointe des pieds tout au bord des lignes jaunes je souris de ne t’avoir pas dit que je t’attendrai ici. Je souris de savoir que je te verrai en premier. 

J’apprends à savourer l’avant, la douceur des vendredis qui s’étirent dans un sourire et qui comptent les heures de maintenant à 20 heures. Les vendredis-où-tu-reviens, il y a toujours l’après-midi de la pâte à pancakes qui repose, le plaisir de mes dimanches d’enfance passés à cuisiner retrouvé. Pour une poignée d’heures, la cuisine s’emplit du ronron de mes podcasts préférés que j’écoute en préparant ce qui nous régalera au petit-déjeuner. Il y a beaucoup de douceur dans ces instants-là, comme s’il fallait me préparer doucement à glisser pour deux jours volés dans notre quotidien d’avant. Et le dimanche soir arrivé, c’est bien souvent à ces heures du juste-avant que je repense en regrettant la douceur de ces instants où l’on sait que l’attente touche à sa fin, enfin. 

Dans le métro, je serre ta main aussi fort que les minutes glissent déjà, toujours un peu plus près de l’heure où il faudra revenir à quai, nous enlacer et compter sur nos doigts les jours avant la prochaine fois, au seuil de devoir tout recommencer. J’apprends, doucement, à moins pleurer le temps passé trop vite, à accepter que les jours sans toi soient plus fades que ceux où tu es là. J’apprends le bonheur qui monte et qui descend et les messages qui disent ce que l’on ne peut plus deviner d’un regard, les rendez-vous face caméra et à te faire partager tout ce qui se passe ici et toi tout ce qui se passe là-bas. C’est une toute nouvelle fabrique à souvenirs qui s’organise pour contrer les kilomètres, armée de mots contre la distance. Nous qui parlions si peu de cette façon-là, c’est un tout nouveau langage que l’on apprend et construis pas à pas. 

Ce week-end là, c’était il y a deux semaines déjà, il y a eu les mosaïques sous le ciel gris et les pâtisseries gorgées de miel, de sucre et d’amande sur les bancs du jardin des plantes. Il y a eu les quais inondés photographiés « pour se souvenir tu comprends », la jolie librairie aux passages trop bas pour toi et aux couloirs exigus, des raviolis vapeur, du thé parfumé et un smoothie mariant framboise, rose et letchi. Ils sont si doux ces week-end là qu’encore une fois, j’ai hâte que vendredi soit là.

Et toi, comment tu vas ?

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Paris – Maastricht #1


Paris Maastricht relation longue distance - Relationship - Miss Blemish

Y.,

Ce mois-ci j’ai passé beaucoup de temps ici. Entourée de mes listes, livres, papiers et stylos colorés, je me suis une fois de plus racontée artiste recluse faisant éclore un projet, loin du tumulte extérieur. Ce subterfuge est ce qui laisse à ces périodes de travail intense un souvenir très doux de lente mais sûre ébullition et l’entoure d’une aura souriante.

Chaque après-midi, j’enfile ton sweat sur lequel est resté un peu de ton parfum, je fais bouillir de l’eau et ma théière de thé vert à la mangue remplie, je m’installe cheveux relevés face au bureau. Petit à petit, je réinvestis l’espace avec tout contre moi l’assurance de savoir tes affaires encore un peu là, cachées dans des tiroirs ou mêlées aux miennes dans l’armoire. Je refais de ces murs mon atelier et j’ouvre les fenêtres en grand sitôt levée. J’ai enfin assemblé la guirlande lumineuse bleue et colorée reçue à Noël. Posée sur le petit lit qui nous sert de canapé, elle veille chaque soir sur les quelques minutes que je m’accorde pour lire, sourire et commencer lentement à m’endormir à cette heure où toi tu dors déjà.

Ce matin, j’ai couru jusqu’au kiosque à journaux et j’ai souri aussi grand que j’étais émue de tenir entre mes mains mes mots imprimés sur le papier fin de mon magazine préféré. Et quand bien même je les connaissais par coeur, je les ai relus et souri encore plus grand de ce petit miracle de les aimer encore et même bien plus qu’avant malgré les deux mois écoulés depuis l’écriture. C’est le pouvoir sûrement des premières fraises de l’année, des jours qui s’étirent et de la fleur d’oranger d’apporter à ce qui les contient pour ceux qui les aiment une certaine intemporalité. Il flotte depuis sur cette journée un air de rêve exaucé.

Les week-end où tu ne reviens pas, il y a les balades, les brunchs et les saladiers entiers de guacamole partagés avec C., G., A. et J. S’ils ne le disent pas, je les sens tous autour de moi pour rendre le temps moins long et difficile quand tu n’es pas là. Le samedi de ces photos-là, nous avons gagné les toits du Panthéon et vu Paris juste à hauteur d’ardoise. Ce tout en haut-mais-pas-trop a quelque chose de magique qui murmure tout bas un Paris de cartes postales. Et j’ai serré très fort ma chance de pouvoir photographier cet instant-là.

J’ai retrouvé les files immenses de la poste où tu allais toujours pour moi lorsque d’aventure une paire de chaussures n’allait pas et la place de nos sorties de cinéma sans toi. C’est sûrement ce qui rend nos expériences si différentes, le tout nouveau de ton quotidien en écho à mon tout pareil mais sans toi. Alors d‘ici je compte sur mes doigts les jours qui nous séparent des vendredis.

Et toi, ce mois-ci ?

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Douces annonces

* Cette série d’article s’inspire des « Cartas a Ed » de la très chouette chaîne Youtube de Fran, une illustratrice dont je vous parlais dans ma dernière édition des jolies découvertes de la semaine (que vous pouvez retrouver chaque dimanche sur la page Facebook du blog). Echangées sous forme de vidéos alors qu’elle et son mari étaient séparés, il en ressort beaucoup de douceur à travers la volonté de ne pas tout à fait perdre les détails du quotidien partagé. J’espère que cette version personnelle et au format écrit vous plaira, car j’ai très envie de vous emmener aussi au fil de cette aventure-là, l’apprentissage d’un s’aimer au quotidien différent.

* Vous pouvez retrouver en kiosque et jusque fin juillet le nouveau numéro de Simple Things dans lequel j’ai eu la chance incroyable d’écrire mes petits et grands bonheurs (!!!!!!) J’espère de tout coeur qu’il vous fera sourire grand grand grand !

Et vous ce mois-ci ? 

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