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Nos étoiles contraires – John Green


nos étoiles contraires - John Green - Chronique livre - Miss Blemish

« Voilà ce à quoi je crois, je crois que l’univers a envie d’être remarqué. Je pense que, de façon invraisemblable, l’univers favorise la conscience, qu’il récompense l’intelligence, en partie parce que l’univers adore que son élégance soit observée. Et qui suis-je, moi qui vis en plein milieu de l’histoire, pour dire à l’univers qu’il est – ou l’observation que j’en fais est – temporaire ? »

Hazel, héroine de Nos étoiles contraires, pourrait être une étudiante douce et brillante parmi tant d’autres sur les bancs de la fac. Sauf qu’Hazel a un cancer. Un cancer difficile à traiter. Le roman s’ouvre sur la première séance du groupe de soutien pour ces adolescents malades à un âge où l’on ne devrait avoir d’autre préoccupation que de savoir chez qui aura lieu la soirée du vendredi. Elle y rencontre Augustus, drôle et incisif, passionné de littérature comme elle. Et dont elle va tomber amoureuse (lui aussi d’ailleurs).

Ce roman aurait pu être un mélo d’un intérêt frôlant les bas-fonds, déprimant à souhait façon fresque russe. Pourtant, John Green a fait de Nos étoiles contraires un roman hors du commun traitant avec justesse, humour, sensibilité et parfois même cynisme de sujets douloureux comme notre mort, le temps qui nous est imparti, notre façon de l’utiliser, la maladie, la douleur physique, la douleur morale, la mort d’êtres qui nous sont chers, l’amour aussi… Il y a une pudeur, une bienveillance dans la façon qu’il a de mettre en scène ses personnages et en même temps une volonté de montrer vraiment ce que l’on préfère souvent cacher. Il montre sans pathos outrancier et sans hyperbole la douleur et la mocheté de la maladie. Il dit ce que l’on craint de regarder de trop près. A un moment dans le livre, il parle de tous ces amis des héros qui jamais ne viennent les voir. Parce que la maladie fait peur, parce que l’on ne veut pas voir, parce que ce que l’on ne voit pas d’une certaine manière n’existe pas. Pas pour nous en tous cas. J’ai aimé ce livre qui m’a fait rire, pleurer, sourire. J’ai été touchée par Hazel, malade, mais avant tout Hazel. Jeune, amoureuse. Prise aux tripes par sa colère. Impressionnée par sa force, sa maturité, son recul et son abnégation, et cette fragilité pourtant qu’elle dévoilait parfois.

« Certains infinis sont plus vastes que d’autres »

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The Perks of being a Wallflower, Peter Chbosky


The Perks of being a Wallflower, Peter Chbosky - Lecture - Miss Blemish

Crédit Photo : Unsplash

« Même si nous n’avons pas le pouvoir de choisir d’où nous venons, nous pouvons toujours choisir où nous allons à partir de là. »

La veille de son premier jour au lycée, Charlie démarre une correspondance avec quelqu’un qu’il ne connaît pas personnellement mais dont il a entendu parler en bien. A cet étudiant plus âgé, véritable interlocuteur fantôme, Charlie va tout confier. Son quotidien, ses amitiés, ses passions, ses difficultés mais aussi son passé. A travers cette correspondance, c’est la vie de cet adolescent bien singulier, sensible, observateur et particulièrement intelligent que nous allons découvrir, pour nous y retrouver parfois, nous rappeler comment c’était de déambuler dans ces couloirs souvent et nous attacher à lui beaucoup.

« Peut-être sont-ce là mes jours de gloire et parce que nul ballon n’est impliqué je ne le réalise même pas. »

La force de The Perks of being a Wallflower tient certainement dans son universalité. Que nous ayons été du camp des élèves « populaires et appréciés » ou de ceux laissés de côté comme de ceux errant entre ces deux extrémités, chacun peut se retrouver dans le portrait des années lycée peint par Charlie avec humour, clairvoyance et sensibilité. Il interroge avec finesse le monde qui l’entoure, l’analyse et le décortique pour le comprendre. Premières vraies amitiés, premiers amours brouillons, premières disputes, on se laisse porter par le flot de ses premières expériences entre lesquelles se glissent souvent en filigrane nos propres souvenirs. Au milieu des pages, un brin de nostalgie et une réelle tendresse pour ce personnage s’étoffent.

« Ce serait bien, je pense, si faire de la luge restait toujours suffisant. »

La première lettre de Charlie terminée je n’ai plus lâché ce livre qu’une fois terminé. Cela faisait longtemps que je n’avais pas été ainsi captivée et touchée par un roman. J’ai aimé trouver dans ces pages une feuille de route de bons livres à découvrir, comme un bonus, une promesse pour rendre un peu moins triste le moment de dire au revoir à Charlie (à peu près dans l’ordre) : To kill a Mockingbird, This Side of Paradise, Peter Pan, A Separate Peace, The great Gatsby, The Catcher in the Rye, On the road, Naked Lunch, Hamlet, Walden, The stranger, The  Fountainhead.

« J’espère juste que je me souviendrais de dire à mes enfants qu’ils sont aussi heureux que j’en ai l’air sur mes vieilles photos. »

Un coup de coeur pour un livre qui peut je crois se lire à tout âge et n’est pas dépourvu de réflexions intéressantes sur la vie et les relations humaines, loin s’en faut.

Et vous, vous l’avez lu ? Vous l’avez aimé ?

 

Les citations utilisées pour cet article : 1. Even if we don’t have the power to choose where we come from, we can still choose where we go from there. // 2. Maybe these are my glory days and I’m not even realizing it because they don’t involve a ball. // 3. I think it would be great if sledding were always enough. // 4. I just hope I remember to tell my kids that they are as happy as I look in my old photographs.

Note : Les citations de cet article ne sont que des propositions de traduction de leur version originale (voir ci-dessus).

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Seule Venise, Claudie Gallay


« Je suis allée au lavomatique rue Saint-Benoît. J’ai passé des jours à regarder mon linge tourner. […] Et puis un matin, un gosse s’est planté devant moi. […] Il m’a regardée et puis il a regardé la machine, tour à tour, il a fait ça plusieurs fois. J’ai décidé de partir à cause de ce regard-là. Quand j’ai compris que si je ne partais pas j’allais revenir tous les matins de ma vie. »

Quittée par l’homme qu’elle aimait, l’héroïne, au début du roman, n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle décide alors de partir. Partir pour oublier, se retrouver, recommencer. C’est l’hiver et c’est Venise qu’elle choisit pour poser ses valises. Au cours de ses ballades solitaires, c’est un Venise déserté par les touristes, glacé, qu’elle va découvrir en même temps qu’elle reprendra goût à l’existence.

Seule Venise Claudie Gallay - Lecture - Culture - Roman - Critique - Miss Blemish

J’ai lu ce livre il y a quelques semaines et malgré ce que pourraient faire croire les semaines écoulées entre le moment où il a quitté ma table de chevet et la publication de cet article, je l’ai beaucoup apprécié. J’ai retrouvé tout que j’avais aimé du style de Claudie Gallay dans Les Déferlantes : concision poussée à l’extrême, goût du détail et scénettes du quotidien qui s’insèrent à la narration. Sous sa plume, le quotidien devient un florilège de poésie.

Plus important encore, elle a su créer une véritable armée de personnage autour de l’histoire qu’elle nous raconte. Rendant à chacun sa juste place, elle ne tombe pas dans la facilité des amitiés immédiates et des caractères arrangeants. J’ai aimé ce pari de « l’honnêteté ». Dans la vie, il est bien rare que le premier échange suffise à ce que la magie opère. La complicité naît au contraire souvent d’un travail de longue haleine où se mêlent apprivoisement, découverte de l’autre et discussions animées. Pas de lisses relations, ici, partout du relief. Des pichenettes, des désaccords pour des personnages entiers.

De ce livre, je retiens le courage, la force et l’entêtement d’une femme dans sa volonté d’aller mieux. L’amour incandescent d’un vieux prince Russe pour une servante. Une danseuse amoureuse courant après son destin. Et un vénitien seul.

Une lecture pleine de poésie, de mélancolie… et d’espoir.

Quelques citations, à la volée 

« Ce que l’on garde en tête est le seul bien que la barbarie ne puisse vous ôter »

« Il est des êtres dont c’est le destin de se croiser. Où qu’ils soient. Où qu’ils aillent. Un jour ils se rencontrent. »

« Votre sourire. Votre voix. J’ai aimé votre voix comme on aime un corps. »

« La vie reprend. Elle gagne sur les larmes. Par le jeu. »

« On ne se tutoie pas. On est dans cet avant de l’intime. Avant qu’on ne se touche. Avant qu’on ne se jette. Avant. »

« La musique se marie bien avec le vin. »

« A la fin, on est tellement malheureux, on rit. » 

« Il ne faut pas attendre. Laissez-vous traverser. »

« J’aimerais boire avec vous. Connaître cette ivresse-là. »

« Quinze jours que l’on se connaît. Que je vous connais au-dedans de moi comme une éternité. »

« Je veux aimer. Ressentir encore cela. Avec vous, comme si ce devait être la dernière fois. »

 

Vous pouvez lire ici ma « critique » de Les Déferlantes du même auteur.

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