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Bien choisir ses livres pour retrouver le plaisir de lire


Bien choisir ses livres pour retrouver le plaisir de lire - Miss Blemish

Depuis quelques temps, je retrouve – comme un vieil ami – la douceur du temps passé entre les pages d’un livre comme dans la vie de ceux qui nous prennent le temps d’une histoire pour témoins et confidents. Je retrouve l’attente, la presse, l’envie dévorante de savoir et comme ils se mêlent à la peur de terminer trop vite. Je retrouve les hésitations dans la recherche à tâtons du tempo qui ne nous laissera pas trop tôt orphelins d’un livre qu’on aimait – un peu trop – bien. Je retrouve le temps qui glisse entre mes doigts au fil des pages et comme d’un instant c’est toute une heure qui s’est enfuie alors que j’étais ailleurs avec eux, avec elle, avec lui. Je retrouve mes paupières lourdes, la lutte opposant sommeil à curiosité et me découvre certains matins à penser que définitivement je n’ai pas assez de temps de trajet (!). Je retrouve la sensation étrange de découvrir chez ce personnage dont je ne connaissais rien jusqu’à ce livre posé entre mes mains mes émotions, mes doutes, mes conflits intérieurs, mes joies et mes peines en miroir. Je retrouve l’Apprendre, le comprendre, ce moi guidé vers l’horizon étiré de deux mains habiles et bien avisées qui nous éveillent au monde, à l’autre et sans le dire – presque sans l’écrire – à cette partie de nous-même fragile enfouie sous la surface. Alors, de tous ces sentiments-sourires nés de ce plaisir à lire retrouvé, peu à peu je lâche la main à l’angoisse qui lentement s’est installée ces dernières années dans l’immobilité qui accompagne la lecture. Peu à peu l’impression désagréable « de ne rien faire » cachant maladroitement celle – plus désagréable encore – de perdre mon temps s’estompe et me laisse à nouveau profiter des heures entièrement à une histoire dédiées. Et avec ces livres qui peuplent à nouveau journées et pensées, cette question revient : quelles histoires ai-je envie de raconter ? Mais c’est déjà une autre histoire…

Alors, si vous aussi vous traversez ce vide-lecturien, voici quelques conseils pour choisir les livres qui vous feront retrouver le plaisir de lire 

– avec pour chaque catégorie une sélection de quelques titres que j’ai aimés –

Bien choisir ses livres pour retrouver le plaisir de lire - Miss Blemish

Des livres pour Apprendre

S’il est bien un antidote à l’impression de perdre son temps c’est celui-ci : apprendre en lisant. C’est ainsi que je me suis remise à lire, en choisissant des livres qui m’enrichissaient de manière très concrète, palpable. Des livres qui ouvraient mon horizon de connaissances nouvelles dans des domaines inexplorés qui m’intéressaient et m’ont donné envie d’en lire encore davantage pour aller encore plus loin.

– Mes titres préférés –

Le charme discret de l’intestin , Giulia Enders – Giulia Enders, gastroentérologue allemande, réussit un sacré tour de passe passe en nous parlant de nos organes les plus mal-aimés auxquels est souvent associé le mot « sale » pour nous en faire un tour du propriétaire drôle, instructif et ludique dans lequel elle a infusé les résultats des dernières recherches, nous faisant ainsi miroiter les trésors de connaissances qu’il reste encore à conquérir et explorer. Le ton, le vocabulaire et les illustrations (aussi adorables que drolatiques – si si) en font un livre accessible à tous qui m’a permis de comprendre et d’intégrer des choses que j’avais pourtant déjà apprises par le passé. 

La semaine de 4h,  Thomas Ferris – Le guide parfait du plus en mieux et moins de temps, parfait si vous commencez un business pour poser quelques lignes directrices. Je suis bien loin d’être sur ce chemin-là pour l’heure mais je l’ai trouvé passionnant !

Au coeur de la tourmente, la pleine conscience,  – Tour d’horizon autour de la pleine conscience, de la méditation, de ses formes et son impact sur le cerveau. Passionnant.

Leave your mark, Aliza Licht – Je le commence à peine et pourtant je sens déjà que je vais l’adorer et le dévorer. Aliza Licht a compris très tôt les enjeux des réseaux sociaux et nous livre dans ce livre tout ce qu’elle a appris au long de son parcours sur la communication et son importance à l’heure de créer ou de concourir à son job de rêve.

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Des Histoires courtes

Les histoires courtes sont je crois la voie la plus rapide pour renouer avec le plaisir de lire – notamment de la fiction – en offrant pour un investissement en temps minimum tout le plaisir d’une longue histoire, suspens et résolution offerts en une poignée de minutes. C’est le moyen le plus facile lorsque l’on n’a que peu de temps à accorder à la lecture. Je vous conseille de vous tourner vers eux pour un retour à la lecture en douceur avec tout le plaisir – déjà – d’une longue lecture.

– Mes titres préférés –

Vivre, penser, regarder, Siri Hudsvedt – Siri Hudsvedt est une auteure qui m’est très chère pour son parcours qui mêle tous les domaines qui me passionnent, la littérature, la psychologie humaine et les neurosciences. Ce livre est à la frontière entre mes deux catégories – Apprendre et Histoires courtes – puisqu’il se fait recueil des articles qu’elle a publiés de 2006 à 2011 dans des revues aussi bien scientifiques que littéraires autour de la question du « moi » et de tout ce qui touche à notre humanité. Ses articles se lisent facilement, ils sont écrits dans un vocabulaire à la portée de chacun dans une volonté propre de l’auteure de rendre accessible les discussions « au sommet » de chaque spécialité accessibles à tous. Plus encore, écrits à la première personne, ils semblent réels et proches et chacun parlera à une petite partie de soi. C’est un livre que j’aime énormément et dont le format permet de le lire par petites touches.

Recueils de contes et légendes d’autour le monde – J’aime beaucoup ce genre de recueils mêlant fables et légendes des quatre coins du monde. J’aime ce sentiment d’unité par-delà les frontières et les routes de communication dans les valeurs défendues comme importantes, sages et fondatrices d’hommes et femmes « bons ». 

Nouvelleset en particulier celles d’Éric Emmanuel Schmidt 

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Retourner à ses premiers livres favoris

Relire un livre que l’on a aimé est certainement la manière la plus intuitive de renouer avec le plaisir de la lecture. Pourtant, relire n’est pas une pratique fréquente ou évidente pour moi et rares sont les livres que j’ai aimés dans lesquels je sens le besoin de me replonger – la crainte d’être déçue mêlée à celle de m’ennuyer. C’est un tort car chaque fois que je me suis prise à ce jeu-là, j’ai découvert des trésors de sens cachés et de niveaux de lecture debloqués et pour les rares qui ne me captivaient pas autant qu’ils avaient pu le faire par le passé, loin de me décevoir, je déchiffrais parfaitement ce qui avait séduit mon moi adolescent. Si vous ne vous sentez pas de replonger dans vos livres préférés, je vous conseille de piocher dans des livres du même genre – épistolaire, young adult, fantasy, réaliste… – cela réduit énormément les chances de se tromper ! Associée à la lecture du premier paragraphe pour un aperçu du style d’écriture, cette méthode m’a permis de redécouvrir les plus belles heures de mon addiction livresque d’adolescente.

– Mes titres préférés –

Harry Potter, J.K Rowling – Victoria m’a donnée envie de me replonger dans cette saga pour y rechercher tout ce que je n’avais pas perçu lors de mes premières lectures.

Twilight, Stéphanie Meyer – une déception certes mais je ne les ai pas moins dévorés. Cette relecture m’a fait sourire et comprendre ce que j’avais aimé alors.

Eleanor & Park – Rainbow Rowell – un roman d’amour différent, sensible, touchant peut être car plus subtile et palpable. L’alternance des points de vue fait la part belle à tout ce qui n’est pas compris de la même manière lorsque pourtant la scène jouée était la même et j’ai trouvé ça follement intéressant.

Fangirl, Rainbow Rowell – Une jeune femme fraichement débarquée à l’Université qui écrit sur des fanfictions sur internet, c’était un coup de coeur facile et assuré :)

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Mais où trouver le temps de lire ?

Une fois LE livre trouvé, vous dégagerez du temps sans même vous en apercevoir quitte à empiéter sur les plates bandes de vos autres activités mais comme le plus dur est toujours de commencer, je vous livre mes moments lecture privilégiés pour vous aider à attaquer les premières pages des livres qui vous réconcilieront à la lecture :

  • dans les transports en commun
  • lors des pauses Pomodoro de mes sessions de travail. Cette méthode prévoit des plages de 25 minutes de travail concentré sur une seule tâche entrecoupées de pauses de 5 minutes. Lorsqu’il y a déjà du thé sur mon bureau, ces 5 minutes vont à quelques pages de mon livre du moment !
  • Juste avant de me coucher. J’ai pris conscience de la valeur de ces quelques minutes rituelles tout récemment, m’installer au lit avec l’amoureux et grapiller quelques pages avant de me coucher. Cela prépare mon sommeil en quelques sortes en faisant retomber agréablement la pression de la journée et en amenant le corps tout entier à réaliser la fatigue accumulée. Lorsque la lumière s’éteint je m’endors maintenant en un rien de temps !

J’espère que ces quelques pistes vous seront utiles et vous permettront de retrouver – si vous l’aviez un peu perdu en cours de route – le plaisir de plonger dans un livre tout entier !

Et vous, des astuces pour retrouver le plaisir de lire, des titres à conseiller ?

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Un écrivain en naissance


Un écrivain en naissance Les petits animaux Isidore Poireau - Chronique livre - Miss Blemish

« Il se dit, à ce spectacle, que c’est un jour de chance. Je mets « il » mais c’est encore moi bien sûr. »

J’en ai lu les 19 premières pages disponibles en ligne attendant qu’un nombre suffisant de lecteurs viennent les lire pour rejoindre leurs soeurs. Les petits animaux. Il était tard, peut être un peu trop. J’ai été émue. Les premières lignes ont suffi à capter mon attention, attiser une curiosité à la frontière sans doute du voyeurisme comme nous le devenons tous lorsque nous suivons un personnage comme celui-ci. Ce n’était cependant pas tellement ce personnage que j’observais mais ce qu’il disait de moi mieux que j’aurais pu le faire moi-même.

« Je suis dans une ligne droite interminable, un faux plat et peut-être que l’âge c’est compter les virages »

 L’auteur de ces 19 pages et des quelques 151 autres qui les suivent se cache sous le pseudonyme d’Isidore Poireau. Beaucoup d’entre vous certainement le connaissent sous son pseudo twitterrien @le_M_Poireau, d’autres l’on peut-être même déjà lu sur son blog, Monsieur Poireau. La plume est légère, habile, les détails contés choisis avec soin et poésie. Pas de tracas d’une trop longue description, la nouvelle croque, le roman dessine. Le récit navigue au gré des pensées du narrateur-personnage, on les suit comme on court après les nôtres, les liens sont tenus, ils affleurent, ce sont des coq à l’âne dont nous seuls semblons avoir le secret et qui pourtant seront partagés par tous. Enfin, seulement si Les petits animaux trouvent à être lus par 60 lecteurs. Hein, quoi, comment ? Je vous explique… 

Le principe est simple : un auteur envoie ses textes à Bibliocratie, détermine un nombre d’exemplaires mininum à vendre et le propose à ses futurs lecteurs. S’ils veulent le lire, ils l’achètent en ligne en croisant les doigts pour que d’autres en fassent de même. Si d’assez nombreux souscripteurs achètent le livre, il est publié et ils le reçoivent. Sinon ils sont remboursés.

« Le corps comme une burqa de l’âme »

Peut être est-ce parce que c’est un souhait si cher pour moi que d’écrire que je suis si touchée par cette entreprise là. Ce grand saut. Je me souviens déjà comme ma pensée c’était radoucie à l’égard d’une professeure de latin tyrannique et incompétente en apprenant qu’elle écrivait. Ces douces pensées n’avaient pas survécues hélas à sa plume conforme au personnage, imbue et pourtant vaine, mais j’avais gardé cette admiration là. L’admiration pour l’auteur en naissance.

« Je me raconte des histoires mais pas tant que ça, pas plus que la moyenne je pense, mais tout de même cela tenait du défi et du jeu. »

Je n’en ai lu que les premières pages mais elles m’ont touchées. Je n’en avais rien lu avant de le commander car… aider un écrivain en naissance, quand on en a la chance, ça ne se refuse pas. Mais maintenant que je les ai lues, maintenant que je me suis retrouvée face à la 19ieme page s’arrêtant sur un point qui ne se connaissait pas de fin, je suis convaincue que la suite mérite d’être découverte.

Si vous voulez découvrir les 19 premières pages vous pouvez le faire par ici. Si vous voulez donner sa chance à un nouvel auteur qui la mérite vous pouvez le faire par là.

C’est rare de pouvoir acheter la chance, celle-ci coûte 12 €.

Beau week-end à tous !

Crédit photo : Bibliocratie.com

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Nos étoiles contraires – John Green


nos étoiles contraires - John Green - Chronique livre - Miss Blemish

« Voilà ce à quoi je crois, je crois que l’univers a envie d’être remarqué. Je pense que, de façon invraisemblable, l’univers favorise la conscience, qu’il récompense l’intelligence, en partie parce que l’univers adore que son élégance soit observée. Et qui suis-je, moi qui vis en plein milieu de l’histoire, pour dire à l’univers qu’il est – ou l’observation que j’en fais est – temporaire ? »

Hazel, héroine de Nos étoiles contraires, pourrait être une étudiante douce et brillante parmi tant d’autres sur les bancs de la fac. Sauf qu’Hazel a un cancer. Un cancer difficile à traiter. Le roman s’ouvre sur la première séance du groupe de soutien pour ces adolescents malades à un âge où l’on ne devrait avoir d’autre préoccupation que de savoir chez qui aura lieu la soirée du vendredi. Elle y rencontre Augustus, drôle et incisif, passionné de littérature comme elle. Et dont elle va tomber amoureuse (lui aussi d’ailleurs).

Ce roman aurait pu être un mélo d’un intérêt frôlant les bas-fonds, déprimant à souhait façon fresque russe. Pourtant, John Green a fait de Nos étoiles contraires un roman hors du commun traitant avec justesse, humour, sensibilité et parfois même cynisme de sujets douloureux comme notre mort, le temps qui nous est imparti, notre façon de l’utiliser, la maladie, la douleur physique, la douleur morale, la mort d’êtres qui nous sont chers, l’amour aussi… Il y a une pudeur, une bienveillance dans la façon qu’il a de mettre en scène ses personnages et en même temps une volonté de montrer vraiment ce que l’on préfère souvent cacher. Il montre sans pathos outrancier et sans hyperbole la douleur et la mocheté de la maladie. Il dit ce que l’on craint de regarder de trop près. A un moment dans le livre, il parle de tous ces amis des héros qui jamais ne viennent les voir. Parce que la maladie fait peur, parce que l’on ne veut pas voir, parce que ce que l’on ne voit pas d’une certaine manière n’existe pas. Pas pour nous en tous cas. J’ai aimé ce livre qui m’a fait rire, pleurer, sourire. J’ai été touchée par Hazel, malade, mais avant tout Hazel. Jeune, amoureuse. Prise aux tripes par sa colère. Impressionnée par sa force, sa maturité, son recul et son abnégation, et cette fragilité pourtant qu’elle dévoilait parfois.

« Certains infinis sont plus vastes que d’autres »

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