Et soudain prendre le risque

De peur, de bienveillance et de légitimité


De peur, de bienveillance et de légitimité - Positive - Mode - Miss Blemish

En silence je murmure mon envie d’apprendre la douceur, plus de douceur, d’arrondir peines, fatigue, craintes et heurts, de les vivre sans me braquer et debout face à l’adversité, l’accueillir telle qu’elle est, souvent toute aussi désarmée. Nous sommes à l’heure d’été. Je lui dis « tu sais, l’important c’est de toujours faire ses choix en accord avec soi » et il comprend, je crois. Et puis la semaine dernière, vacances et dernière vague de créativité échouées au même point du calendrier, au creux du coeur tiraillé s’est immiscée sans bruit cette question qui rime avec légitimité. Presque comme pour tester les « à toute épreuve » de la bienveillance instiguée véritable commandement et vérifier – comme on la dit – que la gentillesse est plus aisée envers autrui. Je me suis abîmée un peu tard, le regard fixé quelque part dans le noir sur des pourquoi, des comment, des « vais-je y arriver, vraiment ? » à « y » et futur indéterminés, des « mais qu’ai-je à offrir finalement ? », de ces questions-miroir en réflexe inconscient qui cachent maladroitement la peur née de voir soudain les rêves de demain peut-être tout à portée de main ? Il m’a fallu tourner tout ça plusieurs fois pour comprendre que je n’étais pas tant incapable à ce à quoi je ne m’étais jamais frottée que bel et bien effrayée. J’ai eu si peur soudain, peur de ne pas y arriver, peur de laisser une chance – ma chance ? – filer, peur de tout gâcher, peur de me précipiter, peur de céder à la peur, qu’il m’a fallu plusieurs jours pour pouvoir lui en parler, lui dire « j’ai peur, tu sais », et résister à l’envie de dire « non ! » comme on s’échappe pour qu’il me réponde « je vais t’aider et… tu peux y arriver ». J’ai dit tout bas, en moi, « Je ne sais pas » et « Je vais chercher », j’ai pris mon clavier à dix doigts et j’ai commencé à écrire toutes les questions emmêlées – mais comment on fait ? – puis j’ai cliqué sur « envoyer » et je me suis laissée porter par ses conseils doux et bienveillants, de l’autre côté de l’écran, de l’autre côté des citronnades sur la table du petit café posées. Elle m’a dit « Respire, ce n’est pas compliqué » et elle m’a montré. Et j’ai souris dans l’interstice ouvert d’une possibilité.

Alors pour les jours qui arrivent riches en découvertes et pour toutes les prochaines fois de la vie dont on n’a décidément jamais fait le tour du manège comme de ses possibilités, je veux me rappeler :

Qu’il n’est jamais le bon moment

Même s’il y a de meilleurs et de moins bons moments, le temps n’enlève rien de l’effrayant qui va avec l’inconnu.

De toujours m’assurer qu’un « Non » vient bien de moi, d’un trop tôt, et non de ma peur

Que la bienveillance vaut aussi pour moi-même

De ne pas faire de la qualité de savoir me remettre en question et douter autre chose qu’un outil pour avancer et surtout pas une raison d’abandonner avant même d’avoir essayé

Chaque article posé ici, chaque photo composée, chaque texte commencé me donne depuis les tous débuts du commencement l’impression de repartir de zéro et d’avoir tout à recréer. Si c’est plein de doutes et de questions existentielles parfois, c’est aussi ce qui me permet d’avancer, de progresser, d’apprendre encore, de tester, d’innover. Et je crois que ça doit rester comme ça, un moteur et non un frein, rien n’est parfait dès le 1er essai mais il faut pourtant en passer par là – dans tous les domaines – pour pouvoir s’améliorer.

Et pour vous, pour moi, pour tous ceux qui se sont pris à rêver, de continuer à faire vivre, exister et prospérer cette petite étincelle au creux du coeur et des yeux

Lorsque vous faites ce pourquoi vous êtes fait, cette chose qui demande du travail sans pourtant peser et dont vous n’avez jamais assez. Aimez, partagez, bloguez, photographiez, filmez, continuez. Vous rendez la vie plus jolie et en tout premier la vôtre.

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Je porte…

Perfecto – Zara

Echarpe – Zara

Pull – Zara

Jean – Levis

Chaussures – Jamie Phillips

Pendentif – Bonobo

Sac – Galeries Lafayettes 

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Et vous, quelles sont vos astuces pour empêcher la peur de vous paralyser ?

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A l’aube, cueillir l’essentiel


A l'aube, cueillir l'essentiel - Lifestyle - Miss Blemish

Août, Nice, Mercredi,

On s’est levés avec l’aube, la chambre endormie. Dans l’obscurité laissée à ceux dormant encore, on a enfilé jean, coton et pulls légers et gagné le couloir pour nous retrouver. En silence, on a quitté le bâtiment, traversé la route courte et pourtant emmêlée dans trois sens de circulation alternés. Après les immeubles, le bitume, les barrières blanches, les escaliers en pierre, ça y est sous nos pieds il y avait le relief dur et rond des galets, le bruit aigu et sec d’eux entrechoqués à chaque pas posé. On a gagné l’avancée – les rochers comme posés sur l’eau entre noir et violine – sauté de l’un à l’autre jusqu’à ce tout au bord et on s’est assis face à la mer, l’horizon voilé de brume. On a regardé le ciel lentement éclaircir et les pêcheurs presqu’au loin lâcher l’ancre. On a regardé la lisière entre montagne et ciel s’éclaircir, rosir et devenir de plus en plus brillante à mesure des minutes lentes. On l’a découverte irrégulière dans son tracé, mouchetée, piquée, du dessin formé par branchages et feuillages noirs des pins et cyprès plantés tout là-haut dans la terre aride des sommets du sud.

Assise, tout au bord, j’ai touché du doigt la difficulté de la lenteur, ce malaise éprouvé tout au creux lorsque soudain le manège s’arrête de tourner, lorsqu’il n’est plus de gestes et de cases à cocher, d’actions à mener pour échapper à la presse invisible. J’ai ressenti la hâte, la hâte de bouger, marcher, partir, avancer. Je me suis dit tout bas « c’est bon, j’ai vu » et mes pieds se sont mis à danser, le reste du corps toujours immobile. Et puis, alors que commençait à poindre la déception face à cet instant que j’avais attendu et maintenant arrivé que je ne savais savourer, le soleil a quitté l’ombre de la montagne et d’un seul coup, c’était maintenant.

Il m’a fallu ce matin-là après milles autres expériences de ce type-là pour toucher du doigt à cette intuition-là : l’essentiel, l’important est immobile. Et il est difficile. Il est difficile pour nous qui avons – un peu – perdu l’habitude du silence retrouvé, nous qui courons tant le faire que l’être oublié fini par nous faire peur de ce que l’on pourrait y trouver. C’est inconfortable de se retrouver seul à seul face au ciel comme immobile, sans rien pour nous distraire de notre vérité. C’est inconfortable de s’asseoir chaque matin comme chaque soir pour respirer, rien que respirer. Si inconfortable qu’il y a toujours mieux à Faire, toujours plus urgent, toujours plus « important ».

Et en ce début d’année qui me promet les plus grands défis – les nuits grignotées de pages noircies, les classements lundis-jeudis, le coude à coude attablé nous tous assis pour préparer la course presqu’ultime de demain – revenir à l’important, le définir, l’écrire sur le papier – noir sur blanc – me semble être l’infime chance, l’ancre, pour toujours retrouver mon chemin. Pour ne pas brader l’important aux broutilles – ces moulins à vent que l’on chasse éperdument – pour ne pas m’oublier en chemin comme il est si facile, si tentant de le faire « une chose après l’autre et moi demain » je réfléchis depuis quelques jours à mes importants. Dedans mêlés se trouvent l’amoureux tout devant – les moments partagés, la douceur du quotidien à protéger du mieux que je peux des affres de la pression, de la peur, de la tension – l’écriture presque tout à côté et vous qui partagez ce quotidien raconté depuis tant d’années, le temps précieux, celui donné de soi à soi – le temps de méditer, de bouger, d’aller au moins une fois par sept jours me nourrir de la bienveillance de ma prof de yoga qui me fait oublier dans la justesse simple de ce qu’elle nous dit de la vie combien il est douloureux de dérouiller mon corps, le temps de mettre beaucoup d’amour dans les petits plats du quotidien, le temps d’assimiler tout ce qui est à apprendre et comprendre, à mon rythme, pour ne pas perdre la flamme vacillante de l’envie d’apprendre.

J’espère cette année savoir me donner le temps de cueillir l’essentiel, de ne pas brader à l’urgence l’important.

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À ces photos se sont mêlées celles prises à travers le hublot dans l’avion-retour. Il y avait de la magie ce matin-là, une magie qui s’est distillée tout au long de cette journée qui a vu un petit déjeuner en famille partagé, des confidences et un thé, des produits de beauté échangés, de délicieux plats coréens et un dessert tout léger, une robe en dentelle bordeaux et une course pour attraper train et metro. Il y a des jours comme ça, où le sourire ne vous quitte pas.

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Et vous, vous y avez déjà réfléchi à ce qui est pour vous important ?

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Millionnaire, une fois par semaine


Millionnaire une fois par semaine - Slow Life - Miss Blemish

Vous avez déjà eu cette conversation – et toi tu ferais quoi si tu gagnais à Euromillion ? Peut-être aidée dans sa course jusqu’à nous par la langueur qui nous enrobe tous entiers depuis l’été installé, c’est devant un cornet avec « beaucoup de glace au yaourt, un peu de sorbet au melon et un peu de celui à la mangue s’il vous plaît* » – samedi soir – que la question fait soudain irruption. Alors que l’on traverse la courte rue – encore indécis du chemin que prendra notre balade – nous voilà à essayer d’imaginer ce que changerait dans nos vies, tant d’argent si brusquement gagné. Balayant un peu rapidement – peut-être – la question des possessions, je le dis sans presqu’aucune hésitation que de tous les biens, le plus précieux que m’offrirai cet argent serait le Temps. Et qu’à dire vrai – moi seule aux commandes – pas grand chose ne changerai mais que chacune prendrai dans ma vie la juste place attribuée par mon envie réfrénée aujourd’hui par la réalité qui veut que la vie soit à gagner et l’art de ces « faux métiers » réduisant les diplômes au rang de simples bouts de papiers n’assurant nulle « sécurité ». Du temps – et ce n’est qu’une étape parmi toutes celles que je verrais bien habiter dans cette journée comme rêvée – pour chaque matin me lever tôt et commencer la journée assise en tailleur sur un coussin les yeux fermés face à fenêtres et volets ouverts au vent, concentrée sur les mouvements doux des épaules, de la poitrine, du ventre alors que j’inspire, expire et recommence, lentement. Du temps pour ensuite déjeuner ensemble, à l’intérieur par les temps froids, sur une terrasse abritée lorsqu’il fait chaud. Le temps de quelques minutes ensuite pour marcher, d’une heure de yoga ou de vingt minutes de course à pied : le temps de refaire corps avec le corps si longtemps négligé. Revenir enfin, et après l’eau chaude, peupler ce qu’il reste de temps jusqu’à la soirée de mots – écrits, lus, tus, entendus, soupirés, espérés – et de photos – prises, regardées, choisies, retouchées, envoyées. Du temps pour faire le marché et ne plus jamais être pressée de faire, dire ou être. Le temps d’être ici et maintenant. Le temps de cuisiner les deux pieds biens ancrés dans le sol face aux légumes à éplucher, à la cuisson à surveiller, le temps de placer chaque geste et mon corps pour ne pas le blesser dans la frénésie du « préparer ». Avoir le temps de mettre dans chaque plat l’amour que j’ai pour ceux qui le partageront avec moi et de savourer chaque étape jusque-là. 

Sur les pelouses du champs de mars où nos pas nous ont conduits presqu’inconsciemment, un homme avec sa guitare de quelques notes de Cabrel nous décide à nous asseoir le temps d’un intermède dans l’air doux du soir. Sur le chemin du retour, on trouve la musique depuis les quais et les corps vus d’en haut qui se pressent dans la foule dansante lorsque les nôtres se laissent porter à leur tour, le chemin au bord de l’eau et l’amoureux qui tire ma main, me ramène en arrière pour cinq minutes les yeux rivés sur la tour Eiffel illuminée. Et puis dimanche matin se faufile entre les draps froissés, l’aube passée à mes pieds nus qui du lit jusqu’au salon où les volets sont ouverts – déjà – marchent sur les dessins des gardes corps parisiens imprimés de soleil sur le parquet. Alors, une journée rêvée, une fois par semaine, pourquoi pas ? Pourquoi pas l’aube du dimanche, la fenêtre ouverte sur la rue qui s’éveille de passants et des bruits du marché au loin aux étals déjà dressés, prêts à être dévalisés. Pourquoi pas marcher jusqu’à la boulangerie, après les mains jointes, les yeux fermés, l’équilibre, les poses maintenues, la respiration écoutée et entendue. Pourquoi pas, une fois par semaine, puisque de toute richesse la seule que je veuille vraiment, c’est le temps, ne pas vivre ma journée de millionnaire. Et pourquoi pas de cette apprentissage-là tirer pour chaque jour quelques pincées de sagesse qui devant l’envie de courir m’apprendraient à respirer, écouter, regarder, vivre plutôt qu’exister. De cette journée découvrir le temps – au quotidien – de glisser non pas tous mais quelques-uns de ces instants qui éveillent, consolent, rassurent et font grandir à l’intérieur. Réapprendre la patience, enjoindre la douceur, renoncer à la presse et ses dents serrées, à la colère comme à la course effrénée. J’avance sur ces chemins-là à petits pas et – si vous le voulez bien – je vous emmène pour les prochains mois avec moi. J’apprends à devenir une millionnaire sans argent mais avec beaucoup de temps. 

Et vous, de quoi peupleriez-vous votre journée ?

* Les glaces amorino ont conquis coeur et papilles, rendues à l’évidence de ces délices auxquels il n’est nulle résistance à opposer, juste à s’en délecter. Leur dernier sorbet – melon – pourrait vous faire croire sans la texture qu’il s’agit d’un vrai fruit et si comme moi vous ne jurez que par lui à l’heure d’été, cela ressemble de près au bonheur cuisiné.

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