Brèves

Dear August


détail

Dear August,

J’ai le souvenir d’un Toi rempli de nostalgie et d’une lumière chaude en prémices à l’automne. Tes jours n’ont jamais été plus marqués que cette année du sceau des pages tournées et ton quotidien n’a jamais pesé si lourd. J’apprends dans cette difficulté nouvelle et à l’aune des gestes mesurés, la lenteur, l’avance, l’effort maîtrisé. La tentation est forte de ne pas imposer en retour la force nécessaire pour me maintenir à flot et de lentement céder à l’appel des fonds. Mais je sais la remontée plus difficile que de réapprendre dès aujourd’hui doucement à flotter. Alors je bois la tasse de temps en temps et je réapprends l’inné d’hier.

Août je t’écris depuis le train, depuis le lit, depuis la pénombre, depuis Paris, depuis la Normandie. J’ai recommencé à courir. Je me suis laissée guider sur les chemins, sur le bitume, dans les sous bois et les paysages changeant de Normandie. Sous mes pieds j’ai senti la dureté du sol et sa mollesse, l’herbe gorgée de rosée, le crissement de la glaise, l’irrégularité des branchages et des pierres parsemées dans les chemins. J’ai regardé mes pieds, un pas après l’autre, j’ai couru comme je vis depuis. J’ai rempli ces journées d’instants et d’essentiel. Je les ai remplies du vent sur ma peau, du sable sous mes doigts, du sucré de la glace et de la beauté des ciels de tes soirs. De la clarté des paysages après la pluie, de la poussière de tes jours trop chauds, du thé partagé, des confidences à demi-mots, des instants passés dans la douceur réconfortante de ses bras et de là-bas. J’ai vécu ces jours comme si le temps de guérir m’était offert, comme si lundi n’existait pas. Mais le train-retour est arrivé à quai tout comme dimanche a vu poindre ses dernières heures à l’horizon.

Août, j’essaie. Chaque jour, à chaque instant, de me défaire de l’ombre par les gestes quotidiens, les tâches alignées en réponse à ce qui doit être fait. Mais j’accepte que le processus doive exister, que ces jours soient nécessaires, que la peine fasse partie d’aujourd’hui. J’accepte qu’il faille du temps pour ne garder que les sourires et sécher les larmes pour longtemps. Peut être est-ce là l’ultime apprentissage de la patience, l’être et le maintenant retrouvé.

Août, tu me places au seuil d’années qui charrient dans leurs sillages difficultés, challenges et changements. J’espère retirer de tes jours difficiles la sagesse de ne pas me noyer en elles et de toujours savoir me replacer face à mon Nord. De toujours donner la première place à mes essentiels. Août, tu me rappelles la justesse de n’aspirer à aucune gloire que d’aimer chaque jour un peu mieux. 

Août, je pioche dans la liste de mes réconforts et j’en parsème le quotidien. Je prends soin. Et chaque bonheur voit fleurir au bout de sa course le souvenir. Mais Août, il est important de vivre. Je me le répète chaque matin.

*

Le format de cet article m’a été inspiré par la série de vidéos « Dear July » lancée par la Youtubeuse Emily Diana Ruth. Si tu ne sais par laquelle commencer, je te conseille la lettre d’Estée Lalonde (Essie Button) qui m’a touchée de profondeur et de justesse et que je regarde assez souvent lorsque le quotidien m’échappe pour ne pas oublier de donner le temps à l’essentiel avant l’urgent.

Et toi, si tu devais écrire une lettre à Août, que lui confierais-tu ?

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Pépé


Pépé - à mon grand-père - Famille - Deuil - Miss Blemish

Assise à la table du café, l’air glacé dans mon dos et dehors Paris gris pour une heure encore avant les sifflets sur le quai, je dois trouver la voix, l’envolée qui tout à la fois dit « tu nous manqueras », « tant qu’il y aura encore l’un de nous pour se rappeler « toi » tu ne seras pas vraiment, définitivement là-bas », « l’amour ne meurt pas ».

On est montés, cousins et cousines, derrière la maison, dans le jardin et sous les bâches cherché les pommes de terre que nous ramassions chaque été tous ensemble dans le court champ un peu plus bas. Puis sortis de la courte remise, la pomme de terre choisie pour toi rouge, ni trop grande, ni trop petite, nous avons gagné ce tout au fond où les mûres grimpent, que nous venions chaparder exactement à la même heure, avant de dîner, alors que le soleil doucement décline. A., R., D. et Y. m’ont raconté alors comment hier, en descendant la même allée, un double arc-en-ciel les avaient tous accueillis une fois arrivés devant la maison. Et on a regardé le ciel en silence.

R. a évoqué le bruit du parquet grinçant de ta chambre sous tes pas que l’on entendait chaque soir de vacances depuis le lit tout contre la paroi nous séparant de ta chambre. Cela m’a rappelé les heures passées dans l’obscurité à attendre que Mémé vienne se coucher, la lumière du couloir en feu vert à Morphée. Devant les tomates du jardin, nous nous sommes souvenues ensemble des salades d’été et de ces cagettes pleines de fruits et légumes frais que tu préparais avec amour pour chacun d’entre nous. Cela m’a fait du bien, tu sais, de me souvenir à mon tour là où je croyais n’avoir rien à quoi me raccrocher. Tout à coup, tu étais à nouveau là, en moi, ces milles instants gravés plus ou moins nettement, des sentiments mêlés de couleurs plus que des scènes bien tournées, quelques clichés pris à un instant T et perdus dans l’immensité du souvenir. Aujourd’hui il me reste cet amour flou pour ce pays qui m’est pourtant étranger, cette manière de cuisiner héritée, qu’il faut surtout manger « la bonne sou-soupe » qui reste aujourd’hui encore au menu de bien de mes soirées, et les Kartoffel, le seul mot d’allemand sûrement que je ne saurais jamais. Le seul qui vaille la peine, puisque tout commence et tout finit autour des patates que tu as plantées et que nous avons ramassées comme autant de valeurs et de pistes héritées.

Aujourd’hui j’aimerais croire plus, croire davantage, croire que tu m’entends, croire que tu es là – et y songeant ce matin sous ma douche j’y trouvais l’idée on ne peut plus bizarre – mais je n’ai que cette croyance comme une infinie certitude à laquelle me raccrocher : tu vis en moi. Et ta vie éternelle aujourd’hui ta vie charnelle achevée réside en nous tous aujourd’hui rassemblés qui nous nous souvenons de toi. Nous tous en qui tu continueras à vivre de toutes les graines de gentillesse, d’humour, de justesse et de tendresse que tu y as planté. J’espère savoir dans ma vie comme toi, toujours réussir à reconnaitre l’essentiel et je terminerai par ce poème, comme un grand élan d’espoir :

« L’amour ne disparait jamais.
La mort n’est rien.
Je suis seulement passé dans la pièce à côté.
Je suis moi, tu es toi :
Ce que nous étions l’un pour l’autre,
Nous le sommes toujours.
Donne-moi le nom que tu m’as toujours donné.
Parle moi comme tu l’as toujours fait.
N emploie pas un ton différent.
Ne prends pas un air solennel ou triste.
Continue à rire de ce qui nous faisait rire ensemble
Prie, souris, pense à moi, prie pour moi.
Que mon nom soit prononcé à la maison
Comme il l’a toujours été,
Sans emphase d’aucune sorte,
Sans trace d’ombre.
La vie signifie ce qu’elle a toujours signifié.
Elle est ce qu’elle a toujours été.
Le fil n’est pas coupé.
Pourquoi serais-je hors de ta pensée
Parce que je suis hors de ta vue ?
Je t’attends, je ne suis pas loin,
Juste de l’autre côté du chemin.
Tu vois tout est bien. »

*

Ceci est le texte que j’ai lu aujourd’hui dans la courte chapelle qui a accueilli ma famille endeuillée et il me semblait juste qu’il trouve sa place dans cet ici qui m’est si cher. Peut-être te fera-t-il sourire toi qui a aussi connu cette peine-là, peut-être réveillera-t-il quelques bons souvenirs qui ne demandaient qu’à resurgir, peut-être te fera-t-il aller rendre visite à ceux qui sont toujours là. Alors tout n’aura pas été perdu.

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Pistes de réflexion sur la créativité


Pistes de réflexion sur la créativité - Lifestyle - Miss Blemish

Depuis février, je me suis beaucoup interrogée sur la créativité. D’où vient-elle et d’où naissent les idées qu’elle charrie, comment marche-t-elle, qu’est-ce qui la favorise, qu’est-ce qui l’inhibe, est-ce quelque chose que l’on peut cultiver, de quoi peut-on nourrir l’impalpable ? Toutes ces interrogations m’ont conduite – sans que je m’en aperçoive tout à fait – à observer d’un peu plus près le fonctionnement de ma propre créativité. Portée par le bouillonnement, les vides disséqués, j’ai accumulé ces derniers mois une foule d’indications qui m’ont beaucoup appris sur ma manière de naviguer face à l’imprévisible et l’impalpable. De mieux comprendre les cycles qui dirigent ma capacité à créer m’a apporté beaucoup – en sérénité notamment – et a adouci les doutes qui vont de paire chez moi avec les zones en creux. Observer m’a permis de couper court à l’idéalisation des productions d’hier dont le résultat final gomme toujours un peu du souvenir l’avancée, la peine, les étapes successives, le temps passé laissant croire à une forme de super-pouvoirs reçus puis, sitôt utilisés, perdus dans la mêlée. C’est pourquoi aujourd’hui j’avais envie de partager avec vous toutes ces observations comme autant de pistes de réflexion sur la créativité qui restent bien évidemment très personnelles mais dont – peut être – la démarche pourra vous donner des idées pour mieux comprendre votre fonctionnement et ainsi trouver les aliments préférés de votre propre créativité.

1. Créer n’est pas un processus linéaire

Lorsque plusieurs articles ou projets menés de front viennent à leur conclusion, cela marque souvent le début pour moi d’une nouvelle zone en creux perdue entre la satisfaction du travail accompli et l’angoisse de ne jamais plus arriver à faire aussi bien, de ne plus avoir d’idées ou de matériel en moi pour recommencer à créer. Naît alors une fausse impression d’apothéose passée impossible à égaler et encore moins à surpasser. Ce que j’ai appris en observant ces cycles – puisqu’il s’agit bien là de cycles, de vagues successives – c’est que la créativité comme le corps connaît une fatigue, naturelle, régulière et surtout ponctuelle. Avant, j’avais tendance à lutter, me remettre en question, laisser tourner en boucle l’angoisse de là-maintenant ne plus y arriver ce qui rendait ces périodes très difficiles, pesantes et ne les rendaient que plus longues encore ! Aujourd’hui, et même si c’est difficile, j’essaye de les accepter comme faisant partie intégrante du processus de création. Et d’en profiter pour respirer avec ma créativité sur pause : sortir, faire des choses qui sortent de l’ordinaire, prendre du temps pour moi… car je sais que l’envie et plus encore les idées finissent toujours par revenir, sous des formes parfois même différentes et nouvelles, ouvrant de nouveaux champs à explorer. Et je crois qu’ici est une clé pour apprendre à relativiser : il y a énormément de choses à apprendre, à découvrir, à comprendre et toujours la place à l’amélioration. Toujours. Penser de cette manière m’aide à me libérer de cette pression engendrée par ce qui a été fait hier car aussi positif cela soit de reconnaître la valeur de son travail, de ses efforts et de ses progrès, savoir que l’on peut faire encore mieux permet de continuer à avancer sans se laisser paralyser. Un juste équilibre qui peut mettre du temps à être trouvé. 

2. Créer va de paire avec essais et ratés

Je crois que l’image la plus juste pour ça est l’apprentissage de la marche. Et tout apprentissage après celui-ci. Cela prend des étapes et des chutes de se lancer dans l’inconnu et cela prend ce risque là de se tromper, de faire des faux pas pour réaliser ce que l’on a envie de réaliser. Je crois qu’il ne faut pas trop se culpabiliser de n’être pas aujourd’hui à la hauteur de ce que l’on voudrait être, cela ne dit rien de ce que l’on sera capable de faire demain. Nos échecs ont tendance à toucher notre personne dans son entièreté alors qu’ils ne sont en fait souvent localisés que dans une infime partie de tout ce qui nous définit. C’est un pari et je crois que de le savoir le rend moins difficile à accepter : créer c’est rater souvent. Mais il est infiniment plus de richesse dans un raté que dans mille succès car les échecs nous enseignent beaucoup à commencer par l’humilité et le bonheur de recevoir lorsqu’il arrive, le succès. Quelque soit sont ampleur. 

3. Ne pas se censurer

Je me suis rendue compte que je me censurais énormément. Ici et dans mon écriture également. A vouloir trop bien faire, je ne faisais plus grand chose. En écriture cela rimait avec ratures avant même ma phrase terminée, brouillons avortés, découragement, histoires abandonnées. Ici c’est ce qui me freine dans le traitement de sujets que j’ai déjà vus traités ailleurs, frein étroitement lié à mon incapacité de planifier des articles dans la peur de perdre en véracité et en authenticité mais également dans la peur que quelqu’un que je lis parle de la même chose et que je ne me sente plus de poster mon propre billet perdant ainsi le travail fourni. Idiot n’est-ce pas ? C’est ce qui m’empêchait aussi de lancer ma rubrique mode en raison de mon style « trop simple » alors qu’aujourd’hui c’est l’une des rubriques que j’aime le plus alimenter ! C’est ce qui m’empêche encore d’écrire certains articles par peur qu’ils ne soient pas pertinents.

En écriture, j’ai résolu le problème en m’interdisant toute relecture ou correction durant le premier jet. J’écris, j’écris, j’écris jusqu’à avoir dit ce que je voulais dire et ensuite seulement je reprends. Je travaille alors sur une matière à améliorer, retravailler mais déjà créée. Il n’est plus ainsi d’abandon prématuré. Ici tout simplement et pourtant avec difficulté, j’ai appris et c’est tout récent, à relativiser. J’ai compris que personne n’attendait de moi que tous mes articles soient parfaits et que les plus, les moins étaient normaux. Et de me dire ça, j’ai été libérée d’un immense poids que je m’imposais toute seule, à moi-même, sans raison. Et de se poser moins de questions, créer devient vraiment plus aisé. 

4. Donner sa chance à la moindre idée

Ma créativité a été décuplée par ce nouveau réflexe au coeur de la manière dont j’écris depuis plus d’un an et demi maintenant – expliquée en détail dans l’article Mon rituel d’écriture – : tout noter. Idées, bouts de phrases, listes, mots, absolument tout. Cet accroissement est cependant superficiel. Je n’étais pas moins créative avant que je ne le suis maintenant, la seule chose qui a changé c’est que je laisse désormais à la moindre idée sa chance et le temps d’exister. Là où avant elles passaient en moi sans s’imprimer, une infime partie seulement exploitée, aujourd’hui je garde une trace de chacune. Faire évoluer parallèlement toutes ces pistes enrichit la réflexion et le cheminement de chacune et me permet d’aller beaucoup plus loin qu’avant sans pour autant diminuer – pour ce qui est du blog par exemple – mon rythme de publication. Procéder ainsi est donc un grand gage de sérénité si vous avez tendance à en attendre beaucoup et tout le temps de vous-même. Vous avez toujours quelque chose qui mijote sur le feu sans jamais vraiment connaître la presse d’une conclusion qui met parfois du temps à arriver. Ou n’arrive jamais vraiment. 

5. La créativité se nourrit d’elle-même

Plus on crée, mieux on crée. Plus on écrit, mieux on écrit. Plus on photographie, mieux on photographie. Plus on compose, mieux on compose. Je crois qu’au-delà d’entretenir une relation avec ses lecteurs – puisque notre sujet de création est ici un blog mais je pense que l’on peut l’étendre à bien des domaines – garder un rythme est aussi bénéfique pour soi. Créer appelle la création. L’ébullition d’un projet en cours charrie une agitation propice aux idées qui se rencontrent, s’associent, prolongent la création bien au-delà de ce qui est train de naître de nos mains. La créativité crée son prolongement. Et il n’est pas besoin que l’agitation vienne forcément du même domaine : ainsi, dans mes périodes de rush professionnel, mes idées pour ici, ma facilité à écrire, créer, penser, photographier, mon envie, mon énergie et le temps consacré sont également impactées de manière positive et exponentielle. Ce qui m’amène au point suivant et fait la boucle avec le précédent :

6. Il n’y a que des bons moments pour créer

Ne pas avoir de temps à consacrer à certains domaines, cela fait partie du rythme fou qui est celui de bien des gens aujourd’hui : il faut prioriser. Prioriser ne va pourtant pas forcément de paire avec fermer totalement les écoutilles. Au contraire, dans ces périodes-là naissent souvent les meilleures idées et il serait dommage de les voir perdues parce que l’on n’a pas pris le temps de les noter ou gâchées parce que l’on a voulu tout faire en même temps dans l’urgence. Retour au point n°4 : même dans les périodes surchargées, notez toutes vos idées. L’important n’est pas de n’avoir pas le temps maintenant de les développer mais de les garder pour plus tard lorsque le calme sera revenu et grand temps de vous lancer dans de nouveaux projets !

7. En vrac, ça favorise ma créativité

  • La fatigue
  • Les activités monotones (se laver les dents, courir, faire la vaisselle, les transports en commun…)
  • L’admiration
  • La curiosité
  • Le manque de temps et les impératifs
  • La joie, la tristesse, toutes ces émotions hors du spectre habituel et quotidien 

Pistes de réflexion sur la créativité - Lifestyle - Miss Blemish

Bonus : quelques articles pour poursuivre la réflexion

 18 choses que les personnes créatives font différemment 

(EN) 18 choses que les gens créatifs font différemment

Pistes de réflexion sur la créativité - Lifestyle - Miss Blemish

Et vous, votre créativité, elle marche comment ? Des livres, des articles, des vidéos qui vous ont permis d’avancer ?

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