Brève hospitalière


Avant hier en enfilant nos blouses dans ce vestiaire que nous découvrions à peine et ressemblant à pourtant tant d’autres, nous savions que cette fois-ci nous ne les quitterions plus que pour de courtes semaines, de-ci de-là, avant 2017. Je ne sais s’il en est de même ailleurs mais, dans notre faculté, chaque année à un goût de pallier, d’étape. Aucune ne se ressemble et chacune charrie son lot de vertiges.

La première année, la cours des grands, la fac, l’appartement solitaire pour beaucoup, les polycopiés, la foule, l’anonymat, le sentiment de se lancer dans quelque chose qui nous dépasse mais qui ne pourra que nous faire nous surpasser, quelqu’en soit l’issue, plus ou moins heureuse.

La deuxième année, le désenchantement, la réalité des cours et des programmes qui ne s’amenuisent pas avec le concours maintenant derrière soi mais… la fierté d’être arrivés là. L’euphorie que peut engendrer cette phrase, cette réalité : « Désormais la question n’est plus de savoir si vous serez médecin mais quel médecin vous allez être ».

La troisième année, le premier badge, nos noms en lettres blanches sur fond orange. Étudiant hospitalier. Externe pour les plus téméraires. Nos premières blouses fournies par l’hôpital et non achetées par nos soins. Premières gardes. Premiers vrais patients et vraies observations. Premières missions. Première année passée chaque matinée à l’hôpital. Premières semaines de nécessaire respiration loin de la maladie, loin des souffrances. Waouh, on y est.

Et la quatrième année qui débute. Changement de statut, rémunération, « salarié », changement de Securite sociale, « cotiser ».

Je suis désormais plus proche de la fin de mes études que du début et je vois à quel point ces années vont passer à la fois douloureusement dans les périodes de marée haute où l’on peine à distinguer l’issue et terriblement rapidement. Pourtant en revêtant cette blouse, en allant voir mes premiers patients de l’année malgré toute la nouveauté que charrie ce nouveau stage et cette nouvelle spécialité qu’il nous faudra dompter en quelques semaines seulement, je me suis découverte incroyablement plus juste. Vous savez, à la bonne place, à la bonne distance. Avec la certitude que ce qui me séparait désormais du médecin que je veux être c’est le calme qu’apportent les connaissances que je n’ai pas encore. Quand il n’y aura plus ses moments de menue panique où mon attention se détourne du patient pour l’inquiétude « mince qu’est-ce que j’ai oublié de demander ? Qu’est-ce qu’il me reste à voir/faire/examiner/penser ? ». C’est normal. C’est déstabilisant. Mais en travaillant, ça n’ira qu’en s’améliorant. En toquant à cette porte d’une main assurée j’ai mesuré tous les progrès réalisés en cette année qui me séparait de nos timides débuts où nous n’osions aller voir un patient qu’à deux externes, en trébuchant.

Alors que j’examinais ma première patiente j’ai su qu’aussi dur que cela soit, qu’aussi fort je sois souvent tentée de déconseiller les soupirants d’aller en médecine, j’étais là où je devais être. Même si les raisons qui m’y ont poussée ne me semblent plus toutes aussi sensées et justes qu’autrefois, même si les raisons qui me font dire qu’ici est ma place sont bien différentes de celles que j’imaginais alors.

Nous bouclions notre dernière épreuve de rattrapage lorsque mon regard croisant celui d’un autre étudiant de ma promotion, ancien ingénieur reprenant des études et débarqué directement en troisième année, j’ai réalisé qu’aucun rêve, aucun projet ne pouvait être aussi rose que les fantasmes que nous nous faisions de lui et que toujours la route serait longue et laborieuse. Rien ne s’obtient sans mal, rien n’échappe au découragement passager, à la lassitude, aux doutes, à la fatigue, aux crises de larmes parfois. Souvent. A me voir souvent complètement submergée par le doute je m’étais fait l’idée que peut-être je m’étais trompée, que si c’était vraiment ce pourquoi j’étais faite cela ne pouvait me demander tant d’efforts ou être parfois douloureux. Et que si tel était le cas, j’avais forcément commis une erreur. Mais qui rêverait de journées, soirées, week-end passés dans les bouquins sans voir le jour ni le bout du travail à fournir ? Qui a ENVIE de fournir des efforts colossaux ? Qui envisage les sacrifices nécessaires le coeur léger ?

Personne.

J’ai réalisé dans toute la banalité et l’évidence que cela comportait pourtant que les doutes et la lassitude qui parfois nous étreignent ne remettent en rien en cause la justesse de nos aspirations. C’est douloureux d’arriver là où l’on veut, d’autant plus que la montagne est haute. Le souffle manque à certaines étapes mais cela n’enlève rien à la beauté de la vue qui nous attend à l’arrivée. 

brèves hospitalières

Laisser un commentaire - 5