Blog et statistiques


Blog et statistiques - Slow blogging - Miss Blemish

Depuis quelques temps, je m’essaie à lâcher la main aux chiffres. Après 7 ans passés à écrire, c’est la première fois que je touche du bout des doigts cette possibilité-là et quoi qu’on en dise parfois avec désinvolture cette affaire-là demande un sacré travail sur soi. Malgré que j’y sois plus confrontée depuis des années que jamais encore auparavant je trouve toujours aussi délicat de parler de chiffres là où depuis toujours j’ai appris à m’en méfier et à questionner la sincérité de ceux qui semblaient trop s’en soucier. Je crois que nous sommes beaucoup à partager cette méfiance-là et à valider les projets entrepris par d’autres à la lumière de leur « gratuité » désintéressée. Pourtant lorsque nous sommes mis face aux chiffres pour nous-mêmes, la donne change. Soudain c’est nous qu’ils jugent et personne n’aimant l’être sévèrement, nous commençons alors à leur porter un tout autre intérêt. C’est là que commence le travail de tri que j’ai entrepris au fil du temps, petit à petit, et dont j’ai envie de vous parler aujourd’hui.

Parce que c’est le domaine dans lequel j’y suis le plus confrontée pour moi-même, je parlerai de ma relation aux chiffres à travers le prisme de mon blog et des réseaux sociaux qui gravitent autour. Car tirées de mon expérience personnelles – celle d’un blog non monétisé, non professionnel et qui a grandi très très progressivement – ces pistes ne résonnerons pas forcément avec toutes les facettes de votre propre rapport aux chiffres mais j’espère qu’elles pourront ouvrir la conversation sur eux et vous inspirer peut-être si vous les questionnez. 

Là où naît l’importance des chiffres

Une importance par habitude

Lorsque l’on tient un blog – et les réseaux sociaux qui gravitent autour – les chiffres sont la note la plus facile à obtenir. Nombres de vues, de « j’aime/like », de coeurs, d’abonnés… chaque plateforme nous propose sa version des chiffres. Et au tout tout début de l’aventure c’est souvent sur cette myriade de notes que l’on se focalise. Je pense que le fait que la valeur de notre travail ait été mesurée tout au long de notre scolarité par des chiffres n’y est pas étrangère, c’est une modalité d’évaluation à laquelle nous sommes tous plus ou moins habitués depuis enfants. Pourtant, Internet ne note pas aussi sûrement que nos professeurs de primaire, collège ou lycée pour lesquels la qualité du travail rendu seule pesait dans la balance au moment de compter nos points. Sur Internet, la qualité du travail fourni et partagé n’est que l’un des nombreux facteurs entrant dans l’équation du nombre qui nous est attribué. Il est donc un marqueur bien moins sûr de ce sur quoi je voulais être rassurée et aiguillée pour progresser : la qualité et l’intérêt de mon travail. 

La recherche d’une validation extérieure

Le fait de m’être lancée sans autres connaissances ou diplômes liés aux métiers du web et de la communication que l’envie de partager mes textes et mon amour pour l’écriture a – j’en suis persuadée – beaucoup influencé ma relation aux chiffres. Parce que j’apprenais seule la photographie, le référencement, des bribes de code, l’art de la communication, du marketing, de la promotion ou de la gestion d’une communauté, j’avais besoin de critères d’évaluation sur lesquels m’appuyer pour me situer et progresser. Les chiffres se sont donc naturellement imposés. Existerait-il un diplôme de blogueur, peut-être serions-nous moins demandeurs de notes pour évaluer notre travail mais n’existant pas encore, il est du ressort de chacun de trouver seul comment avancer et sur quoi s’appuyer pour être guidé. Pour ma part, je sais que mon besoin de réassurance et de validation sont la raison de l’importance que j’ai pu leur accorder par le passé et que je leur accorde encore parfois aujourd’hui.

Dans les générations de blogs actuelles, le marché s’est ouvert sur des blogueurs bien moins autodidactes, diplômés du web, proposant dès leurs premiers pas des blogs complets à l’image des compétences acquises par leur formation. Je ne suis pas sûre que les diplômes puissent tout résoudre de notre avidité de chiffres et de marqueurs ni non plus qu’ils puissent se faire garant du succès espéré par chacun – c’est la beauté et le danger des métiers créatifs de garder toujours une part incontrôlable – mais peut-être peuvent-ils apaiser ce rapport en diminuant le nombre de questions dont nous attendons que les chiffres soient la réponse. J’en fais moi-même l’expérience aujourd’hui arrivée au plateau de connaissances suffisant pour gérer les activités relatives à mon blog : ma dépendance aux chiffres étant en grande partie émotionnelle, je ne ressens plus autant le besoin de m’y référer pour m’aiguiller sur la bonne marche de ces tâches-là. Par l’expérience je sais que ma technique actuelle est efficiente pour moi et par rapport à mes attentes j’ai donc moins besoin de « contrôler que tout va bien ».

Un critère utilisé

Enfin, les chiffres restent un critère de choix pesant dans la balance du crédit qui nous est accordé par notre lectorat comme par les autres blogueurs et des opportunités qui peuvent nous être proposées. Cette importance « sociale » entérine en quelques sortes l’importance du nombre et favorise donc le rapport parfois délétère que nous pouvons avoir avec les chiffres (« puisque tous le monde leur fait confiance et s’y réfère c’est que ce qu’ils disent de mon travail – extrapolation : « de moi » – doit être vrai »). Avec toutes les conséquences négatives que cela peut avoir : mésestime de soi, démotivation, tristesse, rejet, colère… 

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les pistes qui m’aident à faire le tri 

COMPRENDRE COMMENT ILS FONCTIONNENT

Il y a un environ deux ans je crois, j’ai commencé à apprendre les bases du référencement grâce à des articles publiés par d’autres blogueurs. M’appuyant sur leurs conseils, j’ai ajouté à mon tableau de bord wordpress le plugin Yoast Seo permettant de référencer de façon facile et intuitive ses articles en quelques clics. Ce plugin est très bien fait en ce qu’il analyse point par point les éléments entrant en compte dans le référencement d’un article. Ainsi il est assez facile de se familiariser avec eux et de les retenir. Sur plusieurs semaines, je me suis entraînée avec les archives de mon blog, mettant à jour mes anciens articles, supprimant certains issus du basculement de mon ancien blog vers celui-ci ou améliorant ceux qui pouvaient l’être. Pour me détacher des chiffres, je m’y suis en fait totalement plongée ! Prenant le contre pied de toutes les variables sur lesquelles je ne pouvais pas influer, j’ai choisi d’investir du temps et de l’énergie à comprendre et optimiser celles qui pouvaient l’être. Je crois que c’est l’une des démarches les plus libératrice que j’aie pu faire : une fois que l’on sait que l’on fait « ce qu’il faut », que l’on donne toutes les meilleures chances à son travail, les chiffres nous atteignent un peu moins car l’ont sait qu’ils parlent plus de ce que nous ne pouvons pas contrôler que de notre travail pour lui-même. Pouvoir se dire « j’ai fait de mon mieux » même si notre attente n’est pas réalisée est déculpabilisant et redonne finalement de la place au lectorat d’aimer ou de ne pas aimer librement et indépendamment de notre propre jugement. Et cela aide à porter ce que l’on crée comme à le défendre.

Produire un contenu qui me plaît

Réduire l’écart entre ce que je souhaitais produire et ce que je produisais réellement procède du même raisonnement et a été de paire avec toutes les choses que j’ai apprises et que je continue d’apprendre des compétences gravitant autour de l’univers des blogs. La satisfaction-la fierté-l’émotion d’arriver à produire exactement ce que l’on avait en tête sont des sensations absolument géniales et grisantes qui arrivent à mettre à terre n’importe quel chiffre « moyen ». Comme pour tous nos choix personnels, je crois vraiment à l’importance de faire les choses en accord avec soi-même. Ce que l’on construit sur cette base-là s’en trouve bien moins fragile et se fait une bien meilleure base de travail pour avancer, créer, progresser, s’améliorer et apprendre encore. Moins fragile et plus ancrée, les chiffres trouvent bien plus de difficulté à me déboussoler aujourd’hui qu’ils n’en trouvaient hier.

Faire des chiffreS une boussole

Les chiffres peuvent néanmoins être intéressants et nous apprendre des choses si l’on en fait une lecture bienveillante et ciblée. C’est cette lecture que j’apprends à en faire depuis quelques mois. Regarder ses statistiques peut nous en apprendre énormément sur les coulisses des chiffres autour de notre blog et nous aider à redistribuer au mieux nos efforts et notre activité. Identifier les sources principales de trafic de notre blog peut nous permettre de les chouchouter et d’accorder éventuellement plus de temps à la création de contenu dédié, identifier celles qui au contraire semblent moins « marcher » peut être une porte ouverte à tester de nouvelles choses et innover… Mes statistiques ont ainsi perdu leur costume de tyran pour celui de guide bienveillant.

Moins consulter Mes statistiques

Toutes ces étapes m’ont menée à ce résultat : moins consulter mes statistiques. D’espacer ces « contrôles » m’a permis de petit à petit basculer de l’instantanéité qui ne dit pas grand chose sur un blog où ne sont publiés des articles que deux fois par semaine à une vision plus globale et donc bien plus facile à analyser. Plus que tout ça, ce cheminement m’a permis de me détacher émotionnellement des chiffres car je n’attendais d’eux qu’une validation que je trouve désormais ailleurs – par l’accord entre ce que je partage et ce que je veux partager – et autrement – j’en parle un peu plus dans les deux points suivants…

Diversifier Mes pourvoyeurs de notes et Questionner Mes objectifs

Les nombres – marqueurs préférés des statisticiens dits « quantitatifs » donc faciles à mesurer, consigner, analyser – s’ils sont le marqueur le plus facile et visible à obtenir ne sont pas les seuls indicateurs existant sur internet lorsque l’on tient un blog. Il existe en effet tout un univers de marqueurs « qualitatifs » – beaucoup plus difficiles d’accès et d’analyse à grande échelle, d’où leur faible visibilité et mise en avant – quelques exemples dans le domaine du blogging : les échanges créés par un article, une vidéo ou un post ; la bienveillance de ces derniers ; la qualité de la discussion créée (commentaires constructifs ? critiques justes ou insultes ? respect de chacun ?) ; les amitiés nées par l’entremise de son blog ; les opportunités professionnelles ; la qualité et le degré de « chouette » des projets lancés et montés ; … Tous ces marqueurs sont bien moins visibles mais non moins tangibles et souvent porteurs de bien plus de satisfaction et de sourires que ne pourront jamais en donner aucun chiffre. Je vous encourage donc à vous poser cette question : quels sont les retours de votre activité qui vous procurent le plus de satisfaction, de fierté, de joie ? Et de regarder du côté de ceux-ci lorsque vous vous demandez pourquoi vous faites tout ça. 

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pOUR CONCLURE 

J’ai trouvé mon équilibre en prenant conscience que les chiffres étaient un outil pour m’aiguiller, avancer, progresser ; un moyen pour agrandir encore les possibilités d’échange, d’opportunités et de projets à sourires mais qu’ils n’étaient pas une fin en soi. Que c’étaient bien les échanges, les chouettes opportunités et les projets sourires que l’on tremble de joie et au moins autant de peur de saisir qui l’étaient, mon but à moi (à toi aussi ?) et que c’était vers eux – passés et présents – qu’il fallait que je me tourne lorsque je doute. De prendre conscience de tout ça, d’avoir analysé un peu mieux mon rapport aux chiffres, à l’importance que je leur donnais parfois à tort ; d’avoir pris le temps d’identifier ce qui me rendait vraiment heureuse dans cette aventure, mon rapport au blogging a énormément gagné en sérénité et je me sens plus épanouie que jamais dans ce que je fais ici. Si vous traversez une période un peu trouble, je ne peux donc que vous encourager à vous pencher sur les aspects qui vous pèsent dans votre activité – que les chiffres soient ou non concernés – et à vous demander si ces aspects-là sont vraiment la raison pour laquelle vous faites tout ça. Si ce n’est pas le cas alors ils ne devraient pas tenir cette place si importante de « donneur de note » dans votre coeur mais bien à leur place ce qui vous tient vraiment à coeur <3

Et vous, comment vivez vous les chiffres ? Réussissez-vous à les tenir à la juste distance ?

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