Avancer et apprendre, le Je face au Tout


Avancer et apprendre - le Je face au tout - Société - Médecine - Miss Blemish

Les jours filent depuis ce déclic, le je libéré d’un grand poids d’incompréhension, de frustration, de colère même – parfois – ; devant lui l’horizon à nouveau dégagé. Il faut croire que l’évidence d’aujourd’hui n’avait pas encore fait sens et empreinte dans ma chair bloquée dans un entre-deux de découverte, le nez collé au carreau d’une réalité soudain faite mienne. Ma réalité, notre réalité, réalité d’un groupe auquel j’avais fait corps – identifiée, assimilée, absorbée – jusqu’à me sentir comme diluée dans un tout plutôt que pièce parmi d’autres construisant le tout. D’un article, les critiques adressées à ce tout ont perdu en moi leur résonnance accusatrice au je, me laissant soudain libre de les entendre, les écouter, les comprendre et… apprendre. Et de transformer les premiers pas de mes justifications d’avant aux traits d’inéluctable – les conditions, le temps, l’argent, les possibilités techniques, la charge – comme autant de pistes et de combats à mener pour faire grandir le cadre, suffisantes techniquement à justifier le tort du tout devant l’erreur mais bien insuffisantes moralement et humainement.

Les critiques ont perdu leur habit d’ingratitude dans ce pas qui m’éloignait du ressenti physique de nos difficultés et sacrifices. Elles ne me mettaient plus personnellement en cause mais m’étaient bien toutes destinées en tant que pièce d’un tout loin d’être exempt de failles, ces critiques comme autant d’aides, de contre-exemples et de prises de conscience nécessaires à bâtir ma pratique d’aujourd’hui et plus encore celle de demain. Soudain, critiques, victimes et praticiens n’étaient plus identifiés en moi en deux clans séparés d’un fossé d’incompréhension – mon appartenance tantôt à l’un, tantôt à l’autre me laissant tiraillée – mais comme tous tributaires du même système et des mêmes difficultés. Ces difficultés que je regardais soudain en face, peut être non solvable d’un seul grand coup d’éponge mais qui à mon échelle – et déjà rien qu’à celle-ci – pouvaient devenir dans cette conscience accrue des choses tangibles sur lesquelles un Je pouvait travailler. Nous sommes souvent trop ambitieux dans nos indignations et voyons souvent dans l’impossibilité de fixer le tout une absence de sens de le faire pour le Je. Alors que finalement TOUT commence par le Je – et à cette réflexion fait écho le très bel article d’Anne-So « L’individualiste« . Travailler nos Je ne fera pas cesser les témoignages effroyables, indignes, choquant d’affluer ni ne fera cesser les mauvaises pratiques sur l’instant. Mais je crois qu’il faut savoir parfois commencer par s’approcher soi-même – sans regarder les autres pièces du tout – de la personne, du praticien que l’on veut être avant de vouloir tout réformer. Participer à faire s’accroître la masse critique de Je ayant fait ce travail-là devant les autres. Car ce peu – en apparence – est déjà beaucoup et pourrait bien être le tout de cette personne – tributaire avec nous du même système – vers laquelle on aura su comment tendre la main pour qu’elle l’apperçoive et puisse la saisir.

Et vous, vous avez déjà été confronté au sentiment d’impuissance et de mimétisme d’être un Je face au tout ?

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