Les amants passagers


amants passagers - Texte court - Miss Blemish

Crédit Photo : Unsplash

On n’a pas le droit. Chut, un index se pose sur des lèvres que l’on voudrait bien faire siennes… pas longtemps, juste le temps d’un baiser. Juste le temps de goûter. Comme au moment de déchirer le papier aluminium et de casser le premier carré de chocolat, on ferme très fort les yeux en espérant que ce sera suffisant. Juste un carré… juste une caresse sucrée… Pas plus qu’on veut croire, pas plus qu’il faut que ça soit. Tant que ces belles enlacées ne se quittent pas, c’est toujours le même baiser se console-t-on tout bas. Qu’il dure toujours et le reste de la plaque pourra dormir tranquille. Pourtant la porte se ferme vite sur le second carré et déjà on enterre les rêves de bikini ajusté. Le régime s’abandonne à leurs mains qui se mêlent, troisième carré sur canapé. On goûte, craintif, à cette sorte de gourmandise dont on abuse sans jamais s’écoeurer. Sans bruit. Mais le silence est devenu bien bavard ces derniers temps, il souffle tout ce que l’on tremble d’écrire. Chut… tout bas… juste derrière les soupirs des derniers carreaux de chocolat fondant sur les draps froissés. Et déjà, c’est l’heure de rentrer. Sans un mot, une étreinte adolescente au coin de la rue remplace les discours d’antan lorsque devant le portail au seuil de l’été on se jurait de s’aimer encore à la rentrée. Un dernier baiser fait taire les promesses que l’on ne tiendrait pas. On sait. Nul vide ne nécessite de mots pour être comblé. Être là suffit. Ne plus y être aussi. Et si, au détour d’un chemin, la douceur d’avoir été ces amants passagers venait à manquer… il reste toujours un foulard entre deux coussins du canapé.

0 Laisser un commentaire - 0