A la croisée de nos chemins


A la croisée de nos chemins - se rencontrer - Texte court - Miss Blemish

Crédit Photo : Unsplash

Il est assis à une table du fond de la salle. Dans cette cantine de bord de route où le pancake à la mine déconfite se noie dans un sirop d’érable de contrebande, le touriste affamé par la nuit trop courte se presse. Elle n’a pas franchi les portes que déjà elle le trouve attablé au milieu de ce claudiquant ballet. Il relève la tête alors qu’elle entre. Regards qui se croisent comme ils s’échappent dans un sourire qui se refuse. Il faut dire qu’aujourd’hui elle est plutôt jolie, nonchalante dans son short des jours de randonnée. Assis comme en face d’elle depuis la banquette qu’elle se choisit à une autre table que la sienne, il porte une tasse à ses lèvres. Thé ou café ?  Il faudrait l’embrasser. Savoir. Et toujours leurs yeux qui trouvent à se rencontrer. Aussi bleus que le paquet de cigarettes qui, la veille, dépassait d’une des poches de son pantalon d’aventurier. C’est tout ce qu’elle sait de cet Il qu’elle ne peut s’empêcher de chercher toujours, ses prunelles brunes en éternelles éclaireuses. Il fume. Elle trouve un peu de Daniel Craig et un zeste de lui derrière ses traits. Un soupçon seulement et pourtant suffisant à le jauger plus longuement que les autres passagers débarqués là pour la grande aventure. Elle le regarde, lui aussi. Elle sait qu’il sait qu’elle sait qu’ils savent. Peut-être est-ce ce qui la retient, ce soupçon de « comme lui ». Elle détourne la tête mais reste à la table que les autres rassasiés de sucre ont quitté il y a déjà un moment. Cachée derrière son stylo stérile sur une page noircie quelques jours avant, elle relève la tête alors, que passant à côté d’elle il lui souffle un bonjour souriant. Bonjour. Un seul mot échangé en trois jours pour des centaines de kilomètres parcourus à un siège d’écart. Cache-cache emprunté. Et seulement sur cette place, la nuit arrivant plus vite qu’on ne l’aurait cru, leurs mains se trouvent et se gardent un peu plus longtemps que les autres pour se dire au revoir. Leurs regards qui s’embrassent enfin pour de vrai et ses yeux, très bleus qui murmurent en même temps que ses lèvres s’agitent ce que leurs mains enlacées confirment. Cela ne dure qu’un instant, ils s’éloignent au milieu des embrassades sans connaître dans leur malhabile pudeur jusqu’à leurs prénoms. 

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